Les multiples arrestations sont le signe de tensions internes dans le pays, alors que ses dirigeants tentent de renforcer leur emprise sur le pouvoir.
Les autorités maliennes ont procédé, ces derniers jours, à l’arrestation d’au moins 55 militaires, dont deux généraux, soupçonnés de vouloir renverser la junte au pouvoir depuis les coups d’État de 2020 et 2021. Selon plusieurs sources sécuritaires et proches des personnes concernées, les interpellations se sont poursuivies dans la nuit de dimanche à lundi. Une source sécuritaire a évoqué une «tentative de déstabilisation des institutions», tandis qu’un membre du Conseil national de Transition a confirmé que «tous sont des militaires» et que leur objectif présumé était de «renverser la junte». La junte n’a, pour l’instant, fait aucun commentaire sur cette vague d’arrestations, laissant planer le doute sur leur caractère préventif ou sur une réelle tentative de coup d’État. Un diplomate africain en poste à Bamako parle d’une situation «complexe» marquée par une «loi de l’omerta». Une certitude, ces arrestations en disent long sur la faiblesse de ceux qui gouvernent à Bamako.
Ces arrestations ont principalement eu lieu au sein de la garde nationale, un corps de l’armée malienne auquel appartient le ministre de la Défense, le général Sadio Camara, une des principales figures du régime en place. Ces arrestations renforcent les soupçons de tensions internes, d’autant que l’homme fort de Bamako, déjà accusé de vouloir s’octroyer un mandat à vie, a annoncé le recrutement de 124 000 soldats. Pour ses détracteurs, il s’agirait d’une tentative de constituer sa propre armée, faute de contrôle total sur les Forces armées maliennes (FAMa), selon plusieurs observateurs. Ces arrestations mettent aussi en avant le rapport de force au sein de la hiérarchie militaire. Ce qui laisse comprendre que les Forces armées maliennes (FAM) sont au bord du précipice.
Rejet de la Charte nationale
Cette tentative de coup d’Etat intervient alors que le pouvoir en place tente de faire adopter la Charte nationale pour la Paix et la Réconciliation nationale. Une Charte, censée, consolider l’unité nationale, restaurer la paix, renforcer la sécurité, raffermir la cohésion sociale et le vivre-ensemble à travers la réconciliation nationale. Une Charte censée encourager le dialogue inter-malien, après le rejet de l’accord pour la Paix et la Réconciliation issu du Processus d’ Alger.
L’échec de l’Africa Corps
Cette situation suscite des inquiétudes au sein des autorités quant à d’éventuelles divisions internes pouvant menacer la stabilité du régime militaire. Elle survient également dans un contexte où s’entremêlent des facteurs sécuritaires et politiques, tant au niveau local que régional, faisant du dossier malien l’un des plus sensibles de la région sahélienne. Cette tentative de coup d’Etat illustre l’échec du groupe paramilitaire russe, l’Africa Corps, dont la principale mission est de former les troupes locales, de mener des opérations de contre-insurrection, et d’assurer un soutien militaire au régime en place, notamment contre les groupes djihadistes. Dans une déclaration à «Jeune Afrique», le sociologue malien Oumar Maïga, a affirmé que «cette histoire est la preuve que les militaires ont du mal à maîtriser la situation. Dans les rangs de l’armée il y a une grogne». Et de préciser que «des soldats ne sont pas d’accord avec le traitement qui est fait aux mercenaires russes au détriment des militaires maliens».
L’implosion de l’AES
Cette tentative de coup d’Etat intervient, également, dans un contexte où l’Alliance des États du Sahel (AES) traverse d’importantes difficultés économiques et reste confrontée à la menace jihadiste (comme l’a illustré récemment l’attaque du camp de Foutouri), certains craignent une implosion des régimes militaires. Des clans se dessinent de plus en plus clairement au sein des trois juntes, tandis que leurs opposants s’activent. Au Burkina Faso aussi, plusieurs arrestations de hauts gradés ont eu lieu pour les mêmes motifs. Ces différentes arrestations au Mali ou au Niger et ailleurs sont le signe de l’effritement de la popularité de ceux qui ont pris le pouvoir par les armes.
Depuis 2012, le Mali est plongé dans une crise sécuritaire alimentée par les violences de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, ainsi que par des conflits communautaires. À cette instabilité sécuritaire s’ajoute une crise économique profonde. Sous la présidence du colonel Assimi Goïta, la junte a rompu avec ses partenaires, au détriment de ses propres intérêts.
Badis B.
