Prête à rediriger ses cargaisons vers l’Égypte, la Jordanie, le Koweït et Bahreïn, l’Algérie entend exploiter pleinement ses capacités pour répondre à une demande régionale et internationale en hausse.
Face aux tensions géopolitiques croissantes au Moyen-Orient et aux risques de perturbation des approvisionnements, l’Algérie se positionne pour accroître ses ventes de gaz naturel liquéfié (GNL) sur le marché spot.
Selon le site spécialisé Attaqa, citant des sources proches du dossier, les autorités algériennes sont prêtes à rediriger certaines cargaisons vers quatre pays arabes importateurs, à savoir l’Égypte, le Koweït, la Jordanie et le Bahreïn, en cas de besoin. Les installations portuaires et les unités de liquéfaction seraient déjà mobilisées pour accélérer les chargements dans les prochains jours.
L’agression américano-israélienne contre l’Iran, ainsi que les inquiétudes concernant la sécurité des routes maritimes stratégiques, notamment dans le Golfe, alimentent les anticipations d’un resserrement de l’offre.
Un fournisseur alternatif stratégique
Dans ce contexte, l’Algérie cherche à saisir les opportunités offertes par le marché spot, où les prix pourraient augmenter, tout en préparant ses opérations pour accélérer le chargement des cargaisons. L’objectif est d’exploiter pleinement les capacités de production et de liquéfaction disponibles afin de répondre à la hausse attendue de la demande en Asie, en Europe et au Moyen-Orient.
L’Égypte et la Jordanie figurent parmi les pays les plus exposés. Le Caire dépend du gaz provenant de l’entité sioniste pour couvrir entre 15 et 20% de sa consommation, notamment lors des pics estivaux. La Jordanie, de son côté, utilise ces importations pour alimenter ses centrales électriques.
Tout arrêt soudain des champs gaziers de l’entité sioniste, comme ce fut le cas avec le champ Leviathan en juin 2025, pourrait réduire ou interrompre les exportations vers ces pays, ouvrant ainsi la voie à des cargaisons supplémentaires en provenance d’Algérie.
Les risques pour le marché international
Cette initiative intervient alors que des avertissements signalent l’impact potentiel d’un conflit avec l’Iran sur les flux de gaz transitant par le détroit d’Ormuz, par lequel passe environ un cinquième du commerce mondial de GNL, principalement en provenance du Qatar. Cela accentue la sensibilité du marché international.
Les analystes de Goldman Sachs estiment qu’une interruption du transport maritime via le détroit pendant un mois pourrait entraîner une hausse des prix du gaz et du GNL allant jusqu’à 130 %. Une interruption prolongée de plus de deux mois pourrait faire dépasser les prix européens les 100 euros par mégawattheure, avec un risque significatif de baisse de la demande mondiale.
Des exportations en recul, mais un potentiel intact
Les exportations algériennes de GNL ont reculé en janvier 2026 pour le deuxième mois consécutif, enregistrant une baisse mensuelle de 131 000 tonnes (–23 %). Il s’agit du deuxième niveau le plus faible observé depuis au moins 2013. Toutefois, en comparaison annuelle, les volumes restent supérieurs à ceux de janvier 2025.
Dans ce contexte incertain, l’Algérie entend jouer la carte de la flexibilité et de la réactivité. En maintenant ses infrastructures prêtes à fonctionner à plein régime, elle se positionne comme fournisseur alternatif pour plusieurs marchés arabes.
Si les perturbations actuelles se prolongent, la demande régionale en GNL pourrait s’intensifier rapidement, offrant à Alger une opportunité stratégique de consolider sa place sur le marché international du gaz.
Parallèlement, les marchés pétroliers s’apprêtent à vivre une semaine sous haute tension. Les analystes anticipent une flambée immédiate des cours du brut, susceptible de dépasser 90 dollars le baril à l’ouverture des marchés, contre environ 67 dollars en fin de semaine dernière.
S. Rouha
