D’un côté, un système de transport basé sur des agréments, considéré comme obsolète et opaque. De l’autre, des entreprises technologiques qui bousculent les codes et profitent d’un vide législatif pour s’imposer.
Le débat autour du transport urbain refait surface avec force. Le 17 décembre, le Syndicat national des transporteurs par taxis est monté au créneau à travers un communiqué dénonçant toutes les formes de soutien au transport parallèle et illégal, y compris les applications de VTC (voiture de transport avec chauffeur). Une position ferme, justifiée, selon le syndicat, par la volonté de protéger une profession réglementée et essentielle au service public.
Les chauffeurs de taxi évoquent une pression grandissante sur leur activité : tarifs figés face à un coût de la vie en constante augmentation, multiplication des procédures administratives et sentiment d’abandon.
Pour eux, l’essor des applications représente une menace directe, susceptible de déstabiliser durablement le secteur.
Dans ce contexte, le syndicat a saisi le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, par une lettre urgente, réclamant une révision des règles encadrant la tarification et les licences d’exploitation et aux autres dispositifs administratifs.
Les organisations prônent l’égalité
Mais face à ce discours de dénonciation, une autre lecture s’impose. Les organisations de protection du consommateur, tout en reconnaissant les difficultés des transporteurs agréés, estiment que le rejet global des VTC ne répond ni à l’intérêt général ni aux réalités du terrain.
Pour Mustapha Zebdi, président de l’Organisation algérienne de protection du consommateur (APOCE), les applications de transport sont devenues un outil incontournable. Elles structurent l’offre, facilitent l’accès au service et répondent à une demande réelle, notamment dans les grandes villes et les zones insuffisamment desservies par les taxis traditionnels. Selon lui, la solution ne réside pas dans l’interdiction, mais dans la régulation, à travers l’instauration de taxes ou de commissions sur les propriétaires d’applications, sans impacter le prix payé par le citoyen.
Même son de cloche du côté de l’association nationale pour la protection du consommateur ‘‘El-Aman’’.
Son président, Hacene Menouar, souligne que les VTC offrent une flexibilité appréciée par les usagers, tout en appelant à un cadre juridique clair, incluant l’identification des véhicules, la régularisation des opérateurs et le renforcement des conditions de sécurité. Pour lui, la modernisation du secteur doit aussi tenir compte de la réalité sociale, notamment en facilitant le double emploi pour de nombreux citoyens.
De son côté, ZakiHariz, président de la Fédération algérienne des consommateurs, rappelle que le transport est avant tout un marché. Un marché où la concurrence est inévitable, mais qui doit être encadré par des règles équitables.
L’absence d’égalité fiscale et réglementaire entre taxis agréés et chauffeurs d’applications explique, selon lui, la montée de la contestation.
Le client, véritable arbitre
Au-delà des prises de position et des communiqués, une vérité s’impose : le consommateur est au centre de l’équation. Il choisit le service qui lui garantit disponibilité, rapidité, transparence et sécurité. Ni les slogans ni les interdictions ne peuvent inverser cette réalité. Le citoyen se tourne vers ce qui lui simplifie la vie.
Dès lors, le véritable défi pour les pouvoirs publics n’est pas de freiner l’innovation ou de protéger un modèle au détriment d’un autre, mais de construire un cadre réglementaire moderne, équilibré et inclusif. Un cadre où taxis et VTC coexistent, où les règles sont les mêmes pour tous, et où le gagnant final reste celui qui décide déjà : le consommateur.
K.Z.
