La Syrie post-Assad ne se profile pas comme un pays retrouvé, mais comme un territoire éclaté, morcelé en zones d’influence, où la souveraineté n’est plus nationale mais morcelée entre acteurs communautaires, milices et puissances étrangères.
Une archipélisation intérieure
Dans ce puzzle syrien, chaque communauté a dressé ses propres remparts : Les Alaouites, repliés sur leurs zones côtières, se protègent dans un réduit défensif, les Druzes du Sud cultivent une autonomie fragile, oscillant entre neutralité et alliances tactiques, les Kurdes du Nord-Est, appuyés par Washington, expérimentent une administration parallèle, tout en restant sous la menace de l’armée turque et les factions rebelles, survivent dans des enclaves sous parapluie militaire d’Ankara.
Chaque territoire devient un îlot de pouvoir, plus soucieux de survie locale que de reconstruction nationale.
L’entité sioniste: la gangrène rampante
Au Sud, l’entité sioniste impose une sécurisation frontalière permanente. L’intégration de facto du plateau du Golan et les frappes régulières contre l’Iran et le Hezbollah traduisent une logique claire : empêcher la reconstitution d’un front syrien hostile et redessiner ses nouvelles marges territoriales.
L’Iran et la Russie: parrains du statu quo
Téhéran considère la Syrie comme un maillon essentiel de son axe chiite reliant l’Irak au Liban. Son soutien aux milices et au Hezbollah ancre une influence durable, mais au prix d’un ancrage conflictuel.
Moscou, pour sa part, voit dans la Syrie une vitrine stratégique : base navale à Tartous, bastion aérien à Hmeimim, et posture de médiateur incontournable. Mais la Russie, affaiblie par d’autres fronts, se contente aujourd’hui de gérer le statu quo.
La Turquie : entre influence et inquiétude
Au nord, Ankara poursuit une politique ambivalente : contenir les Kurdes, soutenir certaines factions rebelles et maintenir une zone tampon sous son contrôle. Erdogan joue la carte de l’occupation indirecte, transformant le nord syrien en espace sous tutelle turque.
Le Golfe et Washington : acteurs à distance
Les monarchies du Golfe, après avoir soutenu des factions rebelles, oscillent désormais entre désengagement et normalisation avec Damas, voyant dans la Syrie un terrain de rivalités mais aussi de possibles compromis régionaux.
Les États-Unis, présents à l’est avec un faible contingent, poursuivent deux priorités : appuyer les Kurdes contre Daesh et contenir l’influence iranienne.
Un gel trompeur
Ainsi se dessine une Syrie éclatée, à la fois champ clos de rivalités régionales et laboratoire d’archipélisation politique. Le conflit paraît gelé, mais sous cette surface glacée couve un potentiel d’embrasement : affrontement latent entre l’entité sioniste et l’Iran, offensive turque contre les Kurdes, résurgence de Daesh dans les zones désertiques, guerres locales entre factions.
La Syrie n’est donc plus seulement un pays en guerre civile : c’est un espace stratégique disputé, une arène où se cristallisent les fractures du Moyen-Orient.
R.Malek
