En ce mois de juin, une ambiance particulière anime les rues du pays, mêlant concentration, angoisse et espoirs familiaux : celle des examens nationaux. Le Baccalauréat (Bac) et le Brevet d’Enseignement Moyen (BEM) qui a débuté hier, marquent une étape décisive dans le parcours scolaire de milliers d’élèves. Mais derrière les murs des foyers, une autre forme de tension s’installe, plus discrète, plus insidieuse : le stress des parents. Un stress qui, selon de nombreux spécialistes, peut impacter de manière significative la santé mentale, les comportements et la performance des élèves.
Pour Hadi Saadi, sociologue, il ne fait aucun doute : la réussite scolaire n’est plus seulement un enjeu individuel, mais un projet familial. «Aujourd’hui, les parents ont fait de leurs enfants leur véritable projet de vie. Ils projettent en eux tous leurs espoirs et leurs ambitions», affirme-t-il, dans une déclaration à Crésus. Une pression parfois écrasante, surtout dans une société où la réussite scolaire est érigée en symbole du statut social. Cette obsession du résultat alimente une concurrence, non seulement entre élèves, mais aussi entre familles. La note devient l’unité de mesure de la réussite parentale. «Les critères de réussite sont devenus essentiellement compétitifs, car tout est résumé à la note obtenue», dira l’expert, avant de préciser que «la réussite s’est transformée en un indicateur matériel, mesurable, alors qu’autrefois elle reposait davantage sur des valeurs morales».
Résultat : les élèves portent sur leurs épaules bien plus que leurs propres ambitions. Cette pression croissante a des conséquences inquiétantes. Le stress parental agit comme un catalyseur de comportements déviants, notamment en période d’examens. «On observe une montée en flèche des cas de triche. L’élève, sommé d’être à la hauteur, cherche à obtenir de bonnes notes par tous les moyens», souligne Saadi. Dans cette logique, poursuit l’expert, «la triche devient alors un outil pour atteindre les objectifs fixés par les parents». Cette pression «engendre chez l’enfant un désir de réussir coûte que coûte, quitte à adopter des comportements problématiques», relève-t-il. En effet, selon lui, l’intégrité académique recule face à la peur de l’échec et au désir – parfois désespéré – de répondre aux attentes familiales.
Un poids social massif
De son côté, Noureddine Bekkis, expert en sciences sociales, rappelle que l’enfant est le reflet de son environnement : «L’être humain est le produit de son environnement. L’enfant est avant tout le reflet de sa famille et du cadre social dans lequel il grandit», affirme-t-il. La pression liée à la réussite scolaire n’est pas seulement d’origine parentale, mais s’inscrit dans une dynamique sociale plus large, estime-t-il. Selon lui, en Algérie, les examens ont pris une dimension symbolique démesurée, devenant, aux yeux de nombreux parents, l’unique voie vers un avenir stable. Cette idée, véhiculée par la société tout entière, laisse peu de place à la diversité des parcours de réussite. «Les parents considèrent que les résultats scolaires déterminent entièrement l’avenir de leurs enfants, et négligent la possibilité de réussir autrement que par la réussite académique », déplore Bekkis.
Pour Bekkis, «ce poids social a un impact clair sur les enfants, qui ressentent le stress de leurs parents», ajoutant que «les élèves se sentent ainsi dans l’obligation de réussir, faute de quoi ils risquent de développer une image négative d’eux-mêmes». «C’est pourquoi de nombreux enfants en situation d’échec scolaire sont susceptibles de basculer dans la déviance, influencés par le stress parental et la conviction que l’échec scolaire signe la fin de tout avenir», conclut le sociologue.
Islam K.
