L’ambassadeur de France en Algérie livre la feuille de route française pour reconstruire la confiance avec Alger.
Relations bilatérales, visas, usine Renault d’Oran, coopération sécuritaire et reprise des échanges économiques : dans un entretien accordéà TSA, l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, détaille les priorités de sa mission tout en plaidant pour une nouvelle étape fondée sur le dialogue et la confiance entre les deux pays.
De retour à Alger après une absence de plus d’un an, Stéphane Romatet affirme avoir pour mission de
«remettre sur les rails» une relation franco-algérienne profondément fragilisée par une crise diplomatique qui a duré près de deux ans.
Nomméà la demande du président français, l’ambassadeur explique vouloir «réengager avec l’Algérie une relation basée sur la confiance» et mettre fin à une période de tensions qui, selon lui, a eu des conséquences directes sur les populations des deux pays.
«Nos deux pays ont des liens tellement forts que la poursuite de cette crise crée des conséquences, notamment pour les populations, et devait absolument prendre fin», a-t-il déclaré.
Sans revenir en détail sur les causes de la crise, Stéphane Romatet assure que sa feuille de route repose sur la reprise du dialogue autour de plusieurs dossiers sensibles : migration, coopération sécuritaire, justice et lutte contre les réseaux de trafic de drogue.
Parmi les dossiers prioritaires figure le rétablissement du fonctionnement normal des services consulaires français en Algérie. L’ambassadeur indique que des discussions sont en cours avec les autorités algériennes pour permettre le retour de «l’ensemble du personnel consulaire» dès cet été.
Une mesure qui doit notamment faciliter la reprise du traitement des demandes de visas, fortement perturbé durant la période de crise.
Renault : vers une reprise de l’activité à Oran ?
L’annonce la plus concrète concerne l’avenir de l’usine Renault d’Oran, quasiment à l’arrêt depuis plusieurs années. Stéphane Romatet confirme l’existence de discussions entre le constructeur français et les autorités algériennes en vue d’une réouverture du site.
«Il y a un projet de Renault de rouvrir son usine d’Oran et des discussions sont en cours avec les autorités algériennes, notamment avec le ministère de l’Industrie», a-t-il indiqué.
Selon lui, la demande pour les marques françaises reste importante sur le marché algérien. Il cite également la présence de Stellantis, propriétaire notamment de Peugeot et de Fiat, estimant que «l’Algérie est un marché important pour les constructeurs automobiles français».
Les biens mal acquis : un dossier judiciaire sensible
La question des biens mal acquis détenus en France par des ressortissants algériens fait partie des dossiers sensibles entre Paris et Alger. Selon l’ambassadeur Stéphane Romatet, les coopérations judiciaires, suspendues pendant la crise diplomatique, doivent reprendre, notamment sur ces affaires où Alger attend des résultats.
Sur les visas Schengen, la France souhaite revenir progressivement au niveau d’avant la crise, avec environ 250 000 visas délivrés chaque année aux Algériens auparavant. Paris estime que la baisse des délivrances a affecté les échanges familiaux, économiques et universitaires.
La reprise de la coopération sécuritaire est également une priorité, notamment dans la lutte contre le narcotrafic, qui nécessite une coordination étroite entre les services français et algériens.
Les échanges économiques à reconstruire
Au volet économique, Stéphane Romatet reconnaît que la crise politique a eu des répercussions importantes sur les relations commerciales. Néanmoins, il souligne les signes de reprise à travers les nouveaux contacts entre entreprises et institutions économiques, dont les échanges avec le CREA et la participation française à la Foire internationale d’Alger.
Sur sa lancée, le diplomate annonce la visite de Kamel Moula, président du CREA,à Paris en automne prochain, qui sera suivie de celle du Medef, probablement en novembre, à la tête d’une plus importante délégation d’entreprises françaises pour montrerle potentiel que représente le marché algérien. Dans le domaine de l’industrie pharmaceutique, une délégation de santé va prochainement venir en Algérie, ajoute-t-il. En somme, plusieurs secteurs sont identifiés comme prioritaires : transport maritime, industrie pharmaceutique, agroalimentaire, finance, innovation et économie numérique.
Stéphane Romatet insiste particulièrement sur les opportunités offertes par les nouvelles technologies, l’intelligence artificielle et les start-up, estimant que de nouvelles coopérations peuvent se construire entre les écosystèmes économiques français et algérien.
Après une longue période de tensions, Paris et Alger semblent ainsi vouloir engager une phase de réchauffement progressif, avec l’objectif affiché de restaurer un partenariat stratégique fondé sur des intérêts communs.
H.A.
