La signature de la Déclaration ministérielle d’Alger marque une nouvelle étape dans la concrétisation du SoutH2 Corridor, projet destiné à acheminer l’hydrogène vert algérien vers l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne.
Les ministres de l’Énergie de l’Algérie, de la Tunisie, de l’Italie, de l’Autriche et de l’Allemagne ont signé, jeudi, la Déclaration ministérielle d’Alger relative au projet SoutH2 Corridor. Le document a été paraphé à l’issue de la deuxième réunion des ministres de l’Énergie des pays participant au projet, tenue à Alger, au Centre international des conférences (CIC) Abdellatif-Rahal.
La déclaration vise à faire passer le projet du stade des engagements politiques à celui des décisions concrètes. Pour rappel, la première réunion des ministres de l’Énergie concernés par le projet SoutH2 Corridor, tenue à Rome en janvier 2025, avait été couronnée par la signature d’une déclaration commune d’intentions politiques portant sur ce projet stratégique, avec l’engagement de renforcer la coopération en vue de son développement.
La Déclaration d’Alger, paraphée jeudi, donne ainsi un nouvel élan au projet SoutH2 Corridor.
Une gouvernance structurée
Le document, intitulé Déclaration d’Alger, prévoit principalement la création d’un secrétariat dédié au soutien technique du projet, avec l’accompagnement de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI).
Il met également en avant «l’importance du soutien politique pour continuer à développer et à réussir le corridor sud de l’hydrogène, à travers l’établissement d’un dialogue régulier et structuré entre les pays partenaires».
La déclaration affirme également «l’importance stratégique de l’initiative du Corridor méridional de l’hydrogène comme levier d’intégration et de coopération régionales dans le domaine de l’énergie» et renouvelle l’engagement commun à renforcer la coopération régionale et euro-méditerranéenne dans le domaine de l’hydrogène vert.
Les pays signataires entendent également œuvrer au développement d’un partenariat fructueux entre les deux rives de la Méditerranée dans le domaine de l’énergie et contribuer au développement et à la prospérité des relations économiques.
L’Algérie pleinement engagée
Lors des travaux de la réunion, le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, a souligné que l’Algérie, soucieuse de maintenir son rôle central dans les relations énergétiques avec l’Europe, entend renforcer la confiance mutuelle et créer un environnement d’investissement attractif afin de garantir le succès de cette initiative.
Il a également indiqué que l’Algérie ambitionne de faire du Corridor Sud de l’hydrogène un modèle de coopération régionale et internationale au service de la sécurité énergétique, de la durabilité environnementale et du développement économique.
L’Algérie entend concentrer ses efforts sur le développement de l’hydrogène vert. Sonatrach prévoit d’investir jusqu’à 25 milliards de dollars dans le développement de cette filière ainsi que dans l’exploitation d’importantes ressources énergétiques non conventionnelles.
Un modèle de coopération
Le SoutH2 Corridor vise à transporter annuellement, sur environ 3.300 km, jusqu’à 4 millions de tonnes d’hydrogène vert de l’Algérie vers les trois pays européens partenaires : l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne. Ce volume pourrait représenter 10% de la demande européenne prévue pour ce carburant propre à l’horizon 2040.
Le projet vise à relier directement les sites de production algériens aux principaux bassins industriels d’Italie, d’Autriche et d’Allemagne.
Reconnu comme Projet d’intérêt commun (PIC) par l’Union européenne, il bénéficie d’un soutien politique et financier, notamment dans le cadre de l’initiative Global Gateway.
Les travaux relatifs à ce projet ont débuté en octobre 2024, lorsque les sociétés algériennes Sonatrach et Sonelgaz ont signé un protocole d’accord avec la société allemande VNG, les sociétés italiennes Snam et C Corridor, ainsi qu’avec la société autrichienne Verbund Green Hydrogen, afin de mener les études nécessaires à l’évaluation de la faisabilité et de la rentabilité d’un projet intégré de production d’hydrogène vert.
Le projet devrait s’appuyer à plus de 65% sur la reconversion de gazoducs existants adaptés au transport de l’hydrogène, complétés, si nécessaire, par de nouveaux segments.
Alteh2 franchit une étape importante
Le projet ne se limite toutefois pas au transport. Sa réalisation suppose également le développement de capacités de production d’hydrogène vert, d’installations de stockage et des infrastructures associées.
C’est dans cette optique que l’Algérie a lancé le projet Alteh2a, destiné notamment à cartographier précisément les sites de production d’hydrogène renouvelable.
Selon Mourad Adjal, les travaux réalisés dans le cadre du projet Alteh2a ont «franchi une étape importante» avec le lancement de l’étude de faisabilité portant essentiellement sur l’identification et l’analyse des sites potentiels de production d’hydrogène renouvelable en Algérie, la détermination du coût du projet, l’étude des différentes options de transport et l’évaluation des capacités du marché européen.
Les premiers résultats de cette étude seront publiés en 2027, selon le ministre.
Avec le projet Alteh2a, qui vise à exploiter les énergies renouvelables pour produire de l’hydrogène vert, et le projet SoutH2 Corridor, destiné à acheminer cet hydrogène vers le marché européen, les bases de la future économie de l’hydrogène dans le Bassin méditerranéen se mettent progressivement en place, avec l’Algérie appelée à jouer un rôle central.
S. Smati
