La réunion de près de trois heures entre les deux dirigeants a soulevé plus de questions que de réponses.
Peut-on parler de succès ? Difficile de répondre puisque, tout en multipliant les déclarations engageantes et les gestes amicaux, Donald Trump et Vladimir Poutine se sont séparés vendredi en Alaska sans rien dévoiler d’un possible plan de paix pour l’Ukraine. La rencontre entre les deux hommes devait déboucher sur des avancées concernant la situation en Ukraine. Mais aucun accord concret n’a été annoncé. Les deux chefs d’Etat ont tenu une conférence de presse commune. Extrêmement courte, une douzaine de minutes, elle n’a pas donné lieu à des questions de journalistes. Donald Trump, habituellement loquace, a ignoré les questions lancées par les journalistes présents dans la salle. «Il y a de nombreux points sur lesquels nous nous sommes accordés», a dit le président américain. «Nous n’avons pas pu finaliser deux points importants, mais nous avons effectué des progrès», a-t-il ajouté. «Donc pas d’accord, jusqu’à ce qu’il y ait un accord». Pour Vladimir Poutine, son entretien avec Donald Trump s’est déroulé «dans une atmosphère constructive et de respect mutuel». Il a qualifié ces échanges de «très approfondis et utiles». Sans surprise, la presse internationale, notamment outre atlantique, s’est montrée à la fois déçue et très critique à l’égard du président américain. Le Washington Post résume la rencontre : «Le sommet a commencé avec un tapis rouge et s’est terminé par une sortie anticipée et sobre», notant des «paroles chaleureuses» mais une «fin prématurée». Même ton pour le Wall Street Journal, qui estime que «Trump a déroulé le tapis rouge à Poutine mais n’a pas obtenu grand-chose en retour». Selon le New York Times, les deux dirigeants ont montré «leur amitié», permettant à Poutine de «mettre fin à son isolement diplomatique». Mais pour le Toronto Star, journal le plus vendu au Canada, Trump est tout simplement reparti d’Alaska «les mains vides».
Les dessous du Sommet
Il serait naïf de croire que ce sommet en Alaska a été stérile. Si, vendredi, les deux dirigeants ont laissé le monde sur sa faim, le président américain a livré hier (samedi) quelques détails de son approche du conflit. Dans un message publié sur Truth Social, Donald Trump a écarté l’option d’un cessez-le-feu immédiat, lui préférant la recherche d’un accord de paix plus ambitieux. Il a par ailleurs confirmé une rencontre demain (lundi) avec Volodymyr Zelensky, laissant entrevoir l’organisation prochaine d’un sommet réunissant les trois dirigeants. Interrogé sur Fox News après sa rencontre avec Vladimir Poutine, Donald Trump a assuré que les deux dirigeants se sont mis d’accord sur des concessions territoriales. «Je pense que ce sont des points que nous avons négociés, et ce sont des points sur lesquels nous sommes largement tombés d’accord», a-t-il assuré, précisant que l’Ukraine «doit donner son accord». Toujours selon Donald Trump, les deux hommes se seraient accordés sur d’éventuelles garanties de sécurité américaine pour l’Ukraine. Washington aurait proposé à Kiev des «garanties de sécurité» inspirées de celles de l’OTAN mais sans adhésion. Cette proposition a été faite à Kiev hier lors de l’appel téléphonique entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky et «réitérée» ensuite lors de la poursuite de cet appel avec des dirigeants européens. L’issue des prochaines négociations, notamment celles impliquant Volodymyr Zelensky, déterminera si les déclarations optimistes des deux dirigeants se concrétiseront par une véritable désescalade.
Les marchés réagissent avec prudence
L’annonce de la réunion a suscité des remous sur les marchés. Les investisseurs affichaient une confiance mesurée, souhaitant que la paix apporte de la stabilité nécessaire à l’économie mondiale. Toutefois, l’incertitude persiste. Sans un accord tangible, les marchés restent prudents et les traders évitent d’ouvrir leurs portefeuilles de façon trop large. Cette situation de ni succès ni échec cantonne les marchés dans leur position d’avant sommet. Seule nouveauté est qu’il y n’aurait pas de de nouvelles sanctions économiques contre la Russie, du moins dans un proche avenir. En juillet, Donald Trump avait tenté de forcer la main de Vladimir Poutine en lui donnant un ultimatum de 50 jours. Il le menaçait en cas d’échec des négociations de sanctions secondaires. Autrement dit, les États-Unis sanctionneraient les pays tiers qui achètent des biens russes, notamment des hydrocarbures. Cette menace n’est plus d’actualité pour l’instant. «Grâce à ce qui s’est passé aujourd’hui, je pense que je n’ai pas à y penser», a déclaré Donald Trump, qui n’a pas non plus annoncé de nouvelles sanctions directes contre Moscou.
Saïd S.
