Les divergences laissent craindre que le sommet ne se conclut sur un échec.
Après l’accord de cessez-le-feu conclu cette semaine entre le Hamas et l’Etat sioniste, de nombreux dirigeants sont attendus aujourd’hui dans l’après-midi à Charm El-Cheikh, en Egypte, pour un sommet de la paix visant à mettre fin à la guerre à Ghaza. Selon un communiqué de la présidence égyptienne, la réunion sera coprésidée par le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi et le président américain Donald Trump. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a fait savoir qu’il serait présent, annonce le journal britannique The Guardian, de même que le Premier ministre britannique Keir Starmer et ses homologues italienne et espagnol, Giorgia Meloni et Pedro Sánchez.
Le président français Emmanuel Macron a également confirmé sa présence. Le président turc Recep Tayyip Erdogan ou encore le roi Abdallah II de Jordanie sont également annoncés parmi les principaux chefs d’Etat attendus. Reste que cette grande messe pour la paix à Ghaza va se tenir sans les principaux protagonistes. En effet, le Hamas a annoncé qu’il ne participera pas à la signature officielle de l’accord. «Concernant la signature officielle, nous ne serons pas présents», a affirmé un de ses hauts-responsables, Hossam Badran, dans une interview à l’AFP, en soulignant que le mouvement palestinien agissait «par l’intermédiaire des médiateurs qataris et égyptiens». De son côté, le Premier ministre sioniste Benyamin Netanyahou n’a pas donné d’indication sur sa participation ou non au sommet. Selon la presse hébreue, ce sommet se teindra sans l’Etat sioniste. Par ailleurs, l’Autorité palestinienne n’a pas été invitée dans la mesure où elle n’est pas incluse dans le plan américain proposé par le président américain.
Peser sur le processus
Selon la présidence égyptienne, «le sommet vise à mettre fin à la guerre dans la bande de Ghaza, à renforcer les efforts pour instaurer la paix et la stabilité au Moyen-Orient, et à ouvrir une nouvelle page de sécurité et de stabilité régionale». Jeudi, un accord de cessez-le-feu, entré en vigueur vendredi, prévoit une libération des otages retenus à Ghaza dans les 72 heures contre des prisonniers détenus par l’Etat sioniste. Un haut responsable du Hamas a déclaré hier à que la libération des 48 otages débuterait bien lundi matin (aujourd’hui). Le but du sommet est de peser sur la deuxième phase des négociations, qui doit dessiner l’après-guerre à Ghaza. Et c’est justement cette deuxième phase vers la paix qui s’annonce ardue.
Une deuxième phase complexe
La deuxième phase de ce plan en 20 points, au cœur de divergences concerne le désarmement du mouvement Hamas, l’exil de ses combattants et la poursuite du retrait par étapes de l’Etat sioniste de Ghaza. A en croire Hossam Badran, membre du bureau politique du Hamas, interrogé par l’AFP hier, «la deuxième phase du plan Trump, de par les points qui doivent être abordés, porte en elle beaucoup de complexités et de difficultés. Cela nécessite des négociations peut-être plus longues mais aussi, avant cela, un dialogue national palestinien pour parvenir à une réponse nationale».
Désarmement de Hamas
Le désarmement du mouvement ne semble pas dans les projets de Hamas et il l’exprime ouvertement. Hossam Badran a expliqué que «les armes ne sont pas que celles du Hamas». «Ce sont les armes du peuple palestinien et dans le cas palestinien, les armes c’est quelque chose de normale». Une situation normale pour tous les peuples qui vivent sous occupation. Les armes «détenues par le Hamas et par la résistance sont des armes individuelles pour défendre le peuple palestinien», a-t-il souligné.
L’exil de ses combattants
L’idée d’expulser ses membres de Ghaza est «absurde», a affirmé le responsable du mouvement. «Les dirigeants du Hamas présents dans la bande de Ghaza se trouvent sur leur terre, celle où ils ont vécu, parmi leur famille et leur peuple. Il est donc naturel qu’ils y restent», a affirmé Hossam Badran. «Parler d’expulser les Palestiniens, qu’ils soient membres du Hamas ou non, de leur terre est absurde et insensé», a-t-il ajouté.
Difficile entente
Les mouvements palestiniens installés à Ghaza, tout comme l’Autorité palestinienne qui dirige la Cisjordanie, refusent l’idée qu’une gouvernance internationale sans eux et qui préside, pour les années de reconstruction, aux destinées de l’enclave. Evidemment, sur l’ensemble de ces points, la position sioniste (et, a fortiori, américaine) est quasiment inverse, ce qui laisse entrevoir des discussions difficiles et peut laisser craindre que le sommet ne se conclut sur un échec.
Saïd S.
