Dénonçant une injustice structurelle dans le financement et la gouvernance climatique mondiale, le chef de l’Etat a appelé à une position africaine unifiée et esquissé une réponse continentale, notamment à travers la création d’une force civile dédiée aux catastrophes naturelles.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a tiré la sonnette d’alarme sur les conséquences croissantes du changement climatique en Afrique, à l’occasion d’une réunion du Comité des chefs d’État et de gouvernement africains chargés du climat, tenue en marge du 39e sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba.
Dans une allocution prononcée en son nom par le Premier ministre, SifiGhrieb, le chef de l’État a affirmé que le réchauffement planétaire constitue désormais «un véritable obstacle au développement» du continent. Déjà confrontée à une inflation mondiale persistante et à un endettement record, l’Afrique ne dispose pas, selon lui, des financements nécessaires pour renforcer sa résilience et s’adapter aux nouvelles contraintes climatiques.
Une «injustice climatique» persistante
Le président Tebboune a dénoncé une «injustice» dont serait victime l’Afrique. Malgré sa contribution historiquement marginale aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, le continent demeure le plus exposé aux effets du dérèglement climatique.
Le président a dénoncé les pressions exercées sur l’Afrique pour assurer sa sécurité alimentaire et énergétique, alors que certains pays développés se dérobent à leurs responsabilités historiques, invoquant leurs priorités stratégiques. Il a également critiqué les mesures commerciales unilatérales, qu’il juge dénuées de fondement scientifique et potentiellement dommageables pour les économies africaines.
Abdelmadjid Tebboune a mis en garde contre les tentatives de remise en cause des principes de l’accord de Paris, évoquant les discussions de la COP30, et a insisté sur la nécessité d’une justice climatique réelle, basée sur l’équité et les responsabilités communes mais différenciées. «L’Afrique subit les conséquences d’un problème qu’elle n’a pas créé», a-t-il déclaré, pointant du doigt l’inaction de certains pays industrialisés qui, selon lui, continuent d’éluder leurs responsabilités historiques au nom de leurs priorités stratégiques.
Le chef de l’État a averti que la crise climatique agit désormais comme un facteur aggravant des conflits, alimentant pauvreté et inégalités, notamment dans les pays les moins avancés. Il a également mis en garde contre les risques de division des positions africaines lors des prochaines échéances internationales, appelant à une cohésion renforcée du continent.
Plaidant pour une transition énergétique «juste et équitable», il a insisté sur la nécessité de préserver la sécurité alimentaire et énergétique des États africains, aujourd’hui fragilisée par les effets combinés du changement climatique et des déséquilibres économiques mondiaux. Le Président a également insisté sur l’importance de tenir compte des réalités nationales et des capacités différentes des pays africains, notamment dans un contexte de recul du financement international, et d’encourager les initiatives régionales et la coopération Sud-Sud.
Une force civile africaine
Dans ce contexte, Abdelmadjid Tebboune a annoncé le lancement d’une initiative algérienne visant à mettre en place une force civile africaine dédiée à la gestion des catastrophes naturelles. L’objectif : garantir des interventions rapides et coordonnées dans les pays touchés par des crises climatiques.
L’Algérie entend également renforcer la coopération régionale, notamment dans les domaines de l’énergie et de la gestion des ressources hydriques. Parmi les projets évoqués figurent le raccordement énergétique avec les pays du Sahel et l’extension du programme du Grand Mur Vert, qui prévoit la réhabilitation de 4,7 millions d’hectares et la restauration de 500 000 hectares.
Le Président a réaffirmé, à cette occasion, la disponibilité de l’Algérie à mobiliser l’ensemble de ses capacités au service de la justice climatique et du droit au développement du continent.
Bilan de la présidence algérienne du MAEP
Sur un autre registre, le président Tebboune a dressé le bilan de la présidence algérienne (2024-2026) du Forum des chefs d’État et de gouvernement du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP). Il a souligné les efforts déployés pour repositionner cette instance comme un outil stratégique crédible, en phase avec les priorités de l’Union africaine et l’Agenda 2063.
Parmi les avancées enregistrées, figurent l’élargissement du mécanisme à 45 États membres, l’adoption du plan stratégique 2025-2028, le renforcement des évaluations nationales ainsi que l’intégration de la gouvernance électronique.
Le chef de l’État a enfin annoncé le transfert de la présidence du MAEP à Yoweri KagutaMuseveni, réaffirmant l’engagement de l’Algérie en faveur d’une action africaine concertée face aux défis du continent.
Synthèse S. Rouha
