Ils sont dans les câbles, les équipements électroniques, certains textiles, les matériaux de construction ou les composants automobiles.
Lorsque ces objets deviennent déchets, ils peuvent finir brûlés, incinérés, recyclés ou fondus. C’est parfois à ce moment-là que commence une pollution beaucoup plus difficile à voir qu’une fumée noire et beaucoup plus compliquée à arrêter.
Réuni à Rome du 21 au 25 septembre 2026, le Comité d’étude des polluants organiques persistants, POPRC, organe scientifique de la Convention de Stockholm, vient de franchir une nouvelle étape dans l’examen de plusieurs substances préoccupantes. Son constat attire particulièrement l’attention sur les dioxines et furanes bromés, désignés sous le sigle PBDD/F.
Ces substances ont une particularité inquiétante. Elles ne sont pas nécessairement fabriquées pour être commercialisées.
Elles peuvent apparaître involontairement lors de la production, de l’utilisation, du recyclage ou du traitement thermique de matériaux contenant des retardateurs de flamme bromés. Incinération des déchets, brûlage à l’air libre et certains procédés métallurgiques peuvent également contribuer à leur formation.
Le problème dépasse donc largement l’usine qui produit une substance chimique. Il concerne aussi ce que deviennent les objets lorsqu’on les jette.
Le comité scientifique estime désormais que les PBDD/F peuvent, du fait de leur transport environnemental sur de longues distances, provoquer des effets nocifs importants sur la santé humaine et l’environnement. Cette conclusion ouvre la voie à une évaluation des mesures possibles de contrôle et de leurs conséquences socio-économiques.
À terme, une recommandation pourrait conduire à leur examen par la Conférence des Parties en vue d’une inscription à l’annexe C de la Convention de Stockholm, consacrée aux polluants produits et rejetés involontairement.
Cette étape pourrait intervenir en 2029.
De l’électronique au bâtiment
Deux autres noms méritent d’être retenus, même s’ils semblent sortis d’un manuel de chimie. DBDPE et TBPH.
Ces deux retardateurs de flamme bromés viennent de franchir le premier filtre scientifique de la Convention. Des profils de risque détaillés doivent maintenant déterminer s’ils justifient une action internationale. Le POPRC devrait examiner ces évaluations en 2027.
Or ces molécules ne concernent pas un univers industriel éloigné du consommateur. Le DBDPE est utilisé notamment dans les équipements électriques et électroniques, les composants automobiles, les matériaux de construction et les textiles.
Le TBPH est employé, entre autres, dans l’isolation des fils et câbles, certains matériaux de construction et l’ameublement.
Autrement dit, derrière les sigles se trouvent des produits de la vie quotidienne.
Et les PFAS reviennent dans le dossier
Le comité s’est également penché sur les PFOS, leurs sels et le PFOSF, appartenant à la vaste famille des PFAS. Ces substances sont déjà restreintes par la Convention de Stockholm depuis 2009.
Après examen, les experts considèrent que certaines dérogations permettant encore l’utilisation des PFOS, notamment dans des systèmes fermés de traitement des métaux et certaines mousses anti-incendie, ne sont plus nécessaires.
Ils recommandent leur suppression. Les États parties devront examiner cette recommandation lors de leur conférence de 2027 au Panama.
La question des déchets
C’est probablement ici que le dossier prend une dimension particulière pour les pays confrontés à une gestion difficile des déchets.
Le document des Nations unies identifie explicitement parmi les sources importantes de dioxines et furanes bromés certains traitements thermiques ainsi que le brûlage à l’air libre des déchets électroniques et des plastiques contenant des retardateurs de flamme bromés. Des procédés métallurgiques sont également concernés.
Cela déplace la question environnementale. Un téléviseur, un ordinateur, un câble électrique ou un morceau de plastique technique ne disparaît pas lorsqu’il quitte une maison. Il entre dans une autre chaîne, celle de la collecte, du démontage, du recyclage, de l’enfouissement ou parfois du brûlage.
Pour l’Algérie comme pour de nombreux pays africains, le communiqué ouvre donc une interrogation qui mérite d’être posée, sans que le document onusien y apporte lui-même une réponse.
Savons-nous précisément ce que deviennent les composants chimiques contenus dans nos déchets électroniques et plastiques ?
La pollution moderne possède cette particularité redoutable, elle ignore les frontières. C’est précisément parce que certains polluants persistent et peuvent être transportés sur de longues distances que la Convention de Stockholm organise leur examen international.
Le déchet que l’on croit avoir fait disparaître peut ainsi continuer son voyage.
Et parfois, le voyage dure bien plus longtemps que l’objet lui-même.
S. Méhalla
