Alors que l’Algérie avance dans la réalisation du corridor terrestre reliant Tindouf à Zouérate, le Maroc accélère, de son côté, ses projets d’infrastructures vers la Mauritanie et l’Afrique de l’Ouest.
Pour l’ancien diplomate algérien Amar Belani, cette évolution traduit une compétition croissante autour des futurs flux commerciaux entre le Maghreb, le Sahel et l’Afrique de l’Ouest. Dans une contribution publiée sur Facebook, Belani analyse l’accord-cadre signé le 21 septembre à Rabat entre le Maroc et la Mauritanie pour la réhabilitation et l’élargissement de la RN4.
Derrière un projet officiellement présenté comme destiné à fluidifier les échanges entre Nouakchott et Nouadhibou, l’ancien diplomate voit une manœuvre stratégique visant à concurrencer directement le corridor algérien.
Rabat veut prendre de vitesse Alger
Pour Belani, la portée du projet dépasse largement la liaison Nouakchott-Nouadhibou. «L’axe ne s’arrête pas à Nouadhibou. Il se prolonge jusqu’au PK55, face à Guerguerat, et ouvre ainsi une continuité terrestre vers Dakhla», écrit-il. Le ministre marocain de l’Équipement, Nizar Baraka, a d’ailleurs évoqué publiquement la perspective d’une liaison Nouakchott-Dakhla via le PK55.
Dans cette configuration, l’objectif marocain serait de consolider un axe Dakhla-Guerguerat-Nouadhibou-Nouakchott et de le positionner comme une alternative au corridor algérien vers la Mauritanie et le Sahel. « Face au projet de corridor algérien vers l’Afrique de l’Ouest, Rabat met donc les bouchées doubles pour capter les futurs flux commerciaux vers la Mauritanie, le Sahel et l’Afrique de l’Ouest », estime Amar Belani.
L’enjeu est donc, selon lui, de ne pas laisser à l’Algérie l’avantage que pourrait procurer la mise en service progressive de la route Tindouf-Zouérate, appelée à renforcer les échanges entre les deux pays et à ouvrir davantage l’Algérie sur les marchés ouest-africains.
Le corridor Tindouf-Zouérate, enjeu central
Le projet algérien constitue l’un des axes majeurs de la stratégie d’ouverture de l’Algérie vers l’Afrique de l’Ouest. En reliant directement le sud-ouest algérien au nord de la Mauritanie, il doit faciliter le transport des marchandises et renforcer les échanges commerciaux entre les deux pays.
C’est précisément cette perspective qui donne, dans l’analyse de Belani, une dimension particulière à l’accélération des projets marocains. Le futur port Dakhla Atlantique doit compléter le dispositif marocain en lui offrant un débouché maritime. Pour Belani, cette infrastructure et les projets routiers qui l’accompagnent visent à faire de Dakhla une plateforme concurrente des futurs axes commerciaux développés depuis l’Algérie.
La Mauritanie, pièce maîtresse
Au cœur de cette rivalité se trouve la Mauritanie. Sa position géographique lui permet de servir de trait d’union entre le Maghreb, l’Atlantique, le Sahel et l’Afrique de l’Ouest. «La Mauritanie se retrouve ainsi au centre de deux projets de corridors concurrents», écrit Belani. Pour Nouakchott, cette situation peut représenter une opportunité pour attirer les investissements et diversifier ses partenaires.
Mais pour Alger, l’enjeu est également de préserver la place du corridor Tindouf-Zouérate dans les échanges futurs avec la Mauritanie et, au-delà, avec les marchés ouest-africains. Belani estime ainsi que la multiplication des projets marocains doit être observée à la lumière de cette compétition régionale.
Une offensive qui dépasse la route
L’ancien diplomate inscrit cette stratégie dans un ensemble comprenant également le futur port de Dakhla Atlantique et le projet de gazoduc Nigeria-Maroc. « Route, port et gazoduc dessinent ainsi progressivement une même logique », écrit-il, celle de « faire de Dakhla une tête de pont économique vers l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, avec la Mauritanie comme territoire de passage incontournable ».
Face à cette architecture, l’Algérie mise notamment sur le développement de ses propres infrastructures et sur le renforcement de ses relations économiques avec la Mauritanie. Amar Belani identifie enfin un troisième acteur : les Émirats arabes unis. Il rappelle les engagements financiers annoncés par Abou Dhabi en Mauritanie et son intérêt croissant pour les ports et les chaînes logistiques africaines. «Abou Dhabi joue en parallèle sa propre partition, qui recoupe largement les intérêts marocains», affirme-t-il.
Selon lui, la convergence entre les capacités financières émiraties et les projets marocains pourrait contribuer à renforcer l’axe Dakhla-Mauritanie. L’ancien diplomate voit dans cette situation une convergence entre les intérêts marocains et émiratis : «Rabat cherche à structurer un axe Dakhla-Guerguerat-Mauritanie vers l’Afrique de l’Ouest. Abou Dhabi dispose des capitaux et des opérateurs capables d’investir dans les ports et les infrastructures qui prolongent ces corridors.»
Pour l’ancien diplomate, l’enjeu dépasse donc la seule construction d’une route. « Derrière la route Dakhla-Nouadhibou-Nouakchott se joue donc une bataille plus large autour des corridors, des ports, de l’énergie et du contrôle des futurs flux entre le Maghreb, le Sahel et l’Afrique de l’Ouest», conclut-il. Dans cette recomposition, l’Algérie dispose avec le corridor Tindouf-Zouérate d’un axe stratégique vers la Mauritanie.
La montée en puissance parallèle des infrastructures marocaines pose toutefois la question de la concurrence entre deux portes d’accès au marché ouest-africain : l’une à partir du territoire algérien, l’autre à partir de Dakhla et du réseau marocain.
R.I
