Les marchés se préparent à une forte volatilité suite aux frappes américaines en Iran.
Le conflit engagé hier par des frappes américaines contre l’Iran a presque éclipsé la réunion prévue aujourd’hui entre huit membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés (Opep+). Cette réunion avait été programmée avant les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran.
En début de semaine, des représentants de l’Opep+ avaient indiqué que l’organisation prévoyait une reprise modérée de la production pétrolière à partir d’avril 2026, après trois mois de maintien des niveaux de production actuels.
L’organisation prévoyait donc une hausse de 137 000 barils par jour dès le mois d’avril 2026. Dans la logique de l’Opep+, cette augmentation modeste traduit la volonté de ne pas déstabiliser les marchés tout en répondant à la demande croissante de pétrole. Hier, après les frappes américaines sur l’Iran qui alimentent la flambée des prix du pétrole, les informations relayées par les agences de presse révèlent que l’Opep+ envisagera désormais une augmentation plus importante de l’offre de pétrole.
Ce revirement vise à fournir un coussin de liquidité pour les marchés mondiaux. Le spectre d’une guerre régionale plus large menace actuellement les routes de transit pétrolier les plus vitales au monde.
Menace sur le détroit d’Ormuz
Pour les marchés mondiaux, la principale préoccupation se déplace maintenant vers les perturbations potentielles de la chaîne d’approvisionnement. La menace d’une guerre plus large plane désormais sur le corridor énergétique le plus critique au monde. Le principal risque pour le marché pétrolier reste un blocage du détroit d’Ormuz, qui relie le golfe Persique au golfe d’Oman, et que l’Iran a fréquemment menacé de paralyser. Cette voie maritime est de loin la principale route d’approvisionnement reliant les pays producteurs du Moyen-Orient au reste du monde. En 2024, quelque 20 millions de barils de brut y transitaient quotidiennement. Le détroit est particulièrement vulnérable en raison de sa faible largeur, environ 50 km, et de sa profondeur limitée, n’excédant pas 60 m. Le simple doute sur la sécurité du détroit suffirait à contraindre de nombreux navires à des difficultés de transit, les primes d’assurance s’envolant aussitôt. Seules l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent d’infrastructures alternatives significatives, capables d’acheminer au maximum 2,6 millions de barils par jour. Les frappes américaines contre l’Iran pourraient gravement perturber l’approvisionnement mondial en pétrole brut et faire grimper les prix à des niveaux inédits depuis plusieurs années.
Pétrole : vers une flambée des prix
Vendredi, avant l’annonce des opérations, les prix avaient déjà augmenté sur fond d’inquiétudes concernant la sécurité régionale. Le Brent avait atteint 73 dollars le baril à Londres, son plus haut niveau en sept mois. Le WTI avait également progressé, reflétant la prime de risque géopolitique.
Les économistes et les analystes du marché pétrolier ont revu à la hausse leurs prévisions de prix du pétrole pour 2026 en raison des tensions géopolitiques croissantes et de la prime de guerre accrue liée au conflit entre l’Iran et les Etats-Unis.
Vendredi, des analystes d’Eurasia Group, cités par l’AFP, estimaient qu’en cas d’attaque américaine contre l’Iran, les prix du Brent pourraient augmenter jusqu’à 10 dollars, ajoutant, par ailleurs, que l’impact sur les prix et sa durée dépendront de l’ampleur des mesures prises par les États-Unis et des représailles de l’Iran. Les marchés à terme du WTI et du Brent étant fermés hier, les prix disponibles correspondent toujours aux cours de clôture de vendredi. La réaction directe du marché à cette nouvelle information devrait se manifester lors de la reprise des échanges électroniques demain, avec la reprise des transactions sur les contrats à terme.
Mais une chose semble acquise, le détroit d’Ormuz étant désormais de facto une zone de guerre, les analystes s’attendent à ce qu’une forte prime de guerre soit répercutée sur le prix du pétrole brut à l’ouverture du marché demain.
En cas d’embrasement régional, les cours du pétrole devraient donc flamber face au risque de ruptures d’approvisionnement énergétique. Lors du conflit de juin dernier, les prix du pétrole ont atteint leur plus haut niveau en plus de trois ans, le Brent dépassant les 80 dollars le baril à Londres.
S. Smati
