La pression diplomatique algérienne vient de porter ses fruits. La société militaire russe Wagner a décidé de jeter l’éponge et de quitter le Mali sous la pression ferme et discrète de l’Algérie, gardienne silencieuse de l’équilibre régional. Un retrait marquant un tournant géopolitique majeur au Sahel. En effet, le retrait de Wagner du Mali représente bien plus qu’un simple ajustement tactique dans le paysage sécuritaire sahélo-sahélien. Ce retrait, après un certain temps d’incertitude et de tergiversations, marque une victoire diplomatique significative pour l’Algérie longtemps à l’avant-garde dans le débat international sur la sécurité au Sahel en imposant une lecture stratégique fondée sur le dialogue politique, la légitimité régionale et la stabilité durable. Ce retrait de Wagner observé à un moment où le doute commençait à s’installer quant à l’efficacité de la démarche algérienne vient ainsi consolider le rôle d’Alger en tant qu’acteur central dans la recomposition de l’ordre au Sahel.
D’autant que l’Algérie, dotée d’une frontière terrestre de plus de 1300 km avec le Mali, ne peut se désintéresser des évolutions sécuritaires et politiques dans la région. Tant la présence de Wagner, entreprise militaire aux objectifs ambigu représentait un obstacle de taille à la stabilisation de la région. En effet, pour l’Algérie qui a, de tout temps, dénoncé la présence de forces étrangères hors contrôle dans le Sahel, le maintien de la paix et de la sécurité dans la région ne peut passer que par une coopération entre état légitime et non par l’entremise de groupe privé aux objectifs opaques.
Les messages d’Alger
«L’argent que coûte cette présence serait mieux placé et plus utile s’il allait dans le développement du Sahel», avait déclaré le président de la République, Abdelmadjid Tebboune. En «arrachant» le départ de Wagner, l’Algérie a envoyé un message fort. Le Sahel n’est pas à vendre. Un message, également, adressé, à d’autres puissances. En clair, l’avenir de la région sahélo-sahélienne ne se décide ni à Moscou, ni à Ankara, ni à Washington, mais bien entre Etats souverains. En somme, la stabilité du Sahel ne peut être assurée sans l’adhésion de l’Algérie et sans un retour au cadre des accords d’Alger de 2015, seule feuille de route viable à ce jour. Un message fort. Et pour cause, la présence dans la région d’hommes armés tels que ceux de Wagner avec des objectifs imprécis perturbe la mise en place des mécanismes d’application de l’accord d’Alger. Aussi, la prochaine mission de la diplomatie algérienne n’est autre que la réintégration du Mali dans le processus des accords d’Alger.
Les limites d’un partenariat
Selon certains analystes, la Russie bien que réticente à abandonner un levier d’influence dans une région aussi convoitée semble avoir reconnu les limites d’un partenariat avec le Mali, fondé sur la seule logique militaire En cédant aux requêtes algériennes, Moscou confirme sa volonté de préserver une relation stratégique de long terme avec Alger, acteur majeur du dialogue méditerranéen et africain. Pour Alger, le conflit au nord du Mali n’est pas seulement une guerre contre le terrorisme mais aussi une crise politique liée à une mauvaise répartition des ressources à la marginalisation des populations locales et à l’absence d’un contrat social inclusif. Aussi, contrairement à certaines lectures hâtives, le retour au dialogue au Mali n’est pas conditionné par un changement de régime à Bamako. «Une réconciliation entre Bamako et les groupes du Nord profiterait à tous. Le gouvernement malien accéderait enfin aux richesses de la région tout en s’alliant des partenaires efficaces contre le terrorisme. C’est du gagnant-gagnant», souligne, à ce propos, Akram Karief, spécialiste des questions de défense nationale, dans une déclaration à «maghrebemergent.news».
L’anticipation
Dans ce contexte sécuritaire dégradé, l’Algérie a pris la mesure des risques. La nomination du général Abdelkader Aït Ouarabi, dit «Hassan» à la tête de la direction générale de la sécurité intérieure traduit une posture de vigilance et d’anticipation, à tout retour du terrorisme dans la région. Selon les observateurs, cette nomination s’inscrit dans une double dynamique : d’un côté renforcer les capacités de réponse en cas de menace directe sur le territoire national, et, de l’autre démontrer que la diplomatie algérienne s’appuie sur une capacité militaire crédible. En effet, durant sa carrière, le nouveau patron de la DGSI a eu à diriger le service de coordination opérationnelle et du renseignement antiterroriste entre 2006 et 2013.
Officier chevronné, il s’est forgé une réputation de fin connaisseur des enjeux sécuritaires complexes, grâce à une longue carrière marquée par la lutte contre les réseaux terroristes et les tentatives d’ingérence étrangère. Son parcours lui a également permis de bâtir un solide réseau de relations à l’échelle régionale et internationale, renforçant ainsi sa capacité d’anticipation et d’influence.
Synthèse Badis B.