L’Algérie a adressé 61 commissions rogatoires à la France, mais aucune n’a reçu de réponse jusqu’à présent, contrastant avec la coopération de la Suisse et du Royaume d’Espagne.
Présidant, hier, le Conseil des ministres, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a abordé avec fermeté le dossier de restitution des fonds détournés à l’étranger, mettant en lumière le manque de coopération de la France.
Selon un communiqué de services de la Présidence de la République, le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale et des Affaires africaines, a indiqué que 33 commissions rogatoires avaient été envoyées à la Suisse pour récupérer des fonds détournés, dont 20 dossiers ont été acceptés et a finalisés, permettant à l’Algérie de récupérer plus de 110 millions de dollars.
Selon la même source, l’Algérie a également adressé 61 commissions rogatoires à la France, mais aucune n’a reçu de réponse jusqu’à présent, contrastant avec la coopération de la Suisse et du Royaume d’Espagne. Des mesures saluées par le président Tebboune. Et dire que le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nunez, s’enorgueillit que la coopération entre la France et l’Algérie ait repris progressivement après une période de tensions diplomatiques qui a duré plus de 18 mois.
Selon ses propos, cette reprise concerne trois domaines essentiels : la sécurité, la lutte contre l’immigration irrégulière et… la justice. Sic ! Par cette mise au point, le communiqué de la Présidence de la République apporte un démenti formel aux propos du premier policier de France. C’est dire qu’il y a loin de la coupe aux lèvres.
Pour rappel, le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Lotfi Boudjemaâ, a indiqué, en juillet 2025, que 335 commissions rogatoires internationales ont été adressées à 32 pays pour traquer, geler et saisir les avoirs criminels, et 53 demandes de restitution des avoirs à 11 pays, dont un pays africain.
Relance économique et secteurs stratégiques
Lors de la même réunion, le Président Tebboune a donné des directives strictes pour la relance des secteurs minier et agricole.
Dans le secteur minier, il a ordonné la présentation prochaine d’un plan exploratoire détaillé pour le secteur minier, précisant les filières prioritaires ainsi que les délais d’exploitation et de production. Il a souligné que seule une mise en œuvre rapide et rigoureuse des directives et plans approuvés serait acceptée. Pour les explorations, le recours à la technologie et aux compétences locales et à l’étranger, ainsi qu’aux partenariats avec les pays amis, est désormais prioritaire.
En agriculture, le Président a demandé une préparation complète pour la prochaine saison des récoltes, prometteuse grâce aux conditions climatiques favorables. Et de réaffirmer l’importance de fournir la mécanisation nécessaire aux agriculteurs à l’échelle nationale et d’établir des coopératives de matériel agricole basées sur des critères scientifiques et professionnels, en évitant la bureaucratie.
Eau potable et stations de dessalement
Le Conseil des ministres a également examiné la réalisation d’une station de dessalement à la wilaya d’Aïn Salah, destinée à fournir de l’eau potable à la population de Tamanrasset. A cet égard, le Président a insisté sur l’importance d’une vision prospective, notamment l’augmentation de la capacité de production pour anticiper la croissance démographique et garantir un approvisionnement durable grâce à la diversification des sources en eau, y compris par le dessalement.
Enfin, des mesures individuelles ont été approuvées, comprenant des nominations et fins de fonctions à des postes supérieurs de l’État.
Ce Conseil des ministres souligne à la fois l’importance de la relance économique par la modernisation et la mécanisation, et la détermination de l’Algérie à récupérer ses fonds, malgré l’inaction persistante de la France sur ce dossier sensible.
Smail Rouha
