En une seule journée, du 28 février au 1er mars, la Protection civile a enregistré 164 accidents de la route qui ont causé 211 blessés et 5 décès (16 morts et 367 blessés les deux jours précédents).
Un bilan lourd, qui reflète une réalité persistante sur les routes algériennes, particulièrement marquée en période de Ramadhan.
Depuis le début du mois sacré, le nombre d’accidents de la route oscille entre 130 et 185 par jour à travers le territoire national. Le pic est souvent observé dans les heures précédant l’iftar. Pressés de rentrer chez eux, affaiblis par le jeûne, parfois impatients ou distraits, certains conducteurs prennent des risques inconsidérés. Fatigue, baisse de vigilance et excès de vitesse deviennent alors un cocktail dangereux.
Des drames qui se répètent
A Blida, une collision entre deux véhicules devant une mosquée, dans la commune d’El Djebabra (daïra de Meftah), a causé la mort d’une personne et fait trois blessés. À Chlef, un homme d’environ 60 ans a perdu la vie après avoir été percuté par un camion sur la RN4. À Jijel, le dérapage d’un minibus à Djemaâ Beni Habibi (daïra d’El Ancer) a fait 8 blessés. Ces accidents ne sont ni isolés ni exceptionnels. Ils s’inscrivent dans une série noire qui, année après année, alimente les statistiques et endeuille des familles.
Le facteur humain en première ligne
Pour Khemici Samir, fondateur de «Stop Agressivité Routière Alger», le constat est clair : «Je blâme la formation. C’est le facteur humain numéro un. Les auto-écoles ne sont pas toujours aux normes. Quand la formation est insuffisante, les accidents augmentent. Selon lui, le problème commence dès l’apprentissage. Un conducteur mal formé est un danger potentiel pour lui-même et pour les autres. L’expert dénonce également des lacunes dans l’octroi de certains permis, notamment pour les motos.
Le parc motocycliste ne représenterait que 4 % des véhicules, mais serait impliqué dans près de 30 % des accidents. Un chiffre alarmant. L’absence d’une formation pratique rigoureuse et le manque de maîtrise de ces engins à deux roues exposent particulièrement les jeunes conducteurs.
Des routes à risque et des points noirs persistants
Au-delà du facteur humain, l’état des infrastructures est également mis en cause. Certains tronçons routiers restent tristement célèbres pour la fréquence des accidents. Des localités comme El Djebahiya, Bouira ou Lakhdaria sont régulièrement citées pour leurs points noirs non traités.
«Avec des routes qui ne changent pas, on se retrouve face aux mêmes accidents», souligne Khemici. Défauts d’aménagement, signalisation insuffisante, éclairage défaillant : autant de facteurs qui aggravent les risques, surtout la nuit ou dans des conditions de fatigue accrue.
Entre spiritualité et imprudence
Le paradoxe est frappant. Mois de spiritualité, de patience et de solidarité, le Ramadhan devient aussi une période où la tension monte sur les routes.
L’impatience à l’approche de l’iftar, la densité du trafic et la fatigue transforment certaines artères en zones à haut risque. Chaque année, le même scénario semble se répéter. Sirènes d’ambulances avant l’appel à la prière. Services d’urgence mobilisés. Familles bouleversées. Pour enrayer cette spirale, Khemici plaide pour une réforme en profondeur.
«On doit trouver des solutions et se poser la question : où est le problème ? La première des choses, on doit commencer à partir de l’école. Si l’éducation est améliorée, la conduite le sera aussi», assure-t-il. Instaurer une véritable culture de sécurité routière dès le plus jeune âge, renforcer le contrôle des auto-écoles, moderniser les infrastructures et durcir les examens de permis figurent parmi les pistes avancées.
Dans un contexte où les accidents augmentent durant le Ramadhan et où les décès sur les routes continuent de susciter l’inquiétude, la question de la formation, de l’infrastructure et de la sensibilisation apparaît plus que jamais centrale.
Car derrière les chiffres, il y a des vies. Derrière chaque statistique, une famille touchée. Et derrière chaque accident, une question persistante : combien de drames faudra-t-il encore pour transformer les constats en actions concrètes ?
K. Zemmouri
