Les déclarations de l’éditorialiste Jean-Marc Sylvestre, tenues en direct sur BFM lors d’une émission diffusée en prime time, ont déclenché une vague d’indignation. Il a qualifié l’arabe de «langue musulmane» et même «islamiste», provoquant une levée de boucliers parmi les responsables religieux, politiques et associatifs.
Ces propos, jugés d’une gravité extrême, réduisent une langue et une culture à une menace supposée. Pour beaucoup, un tel amalgame contribue à ancrer dans l’opinion publique l’idée que tout ce qui touche à l’islam relèverait d’un problème sécuritaire. «C’est ainsi que la musulmanophobie se banalise, et qu’elle finit par frapper indistinctement les Français de confession musulmane, y compris les non-pratiquants», a réagi Chems-eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris.
Dans un communiqué, ce dernier a annoncé saisir l’Arcom afin que «cette dérive ne reste pas sans conséquence», rappelant que «la liberté d’expression protège le droit de critiquer une religion, mais jamais celui de discriminer des personnes pour leur foi». Pour lui, la ligne rouge a été franchie, au mépris de «la dignité de millions de citoyens français».
Les chiffres viennent d’ailleurs corroborer cette inquiétude. Selon une enquête Ifop, 66 % des Français de confession musulmane déclarent avoir subi un comportement raciste au cours des cinq dernières années, contre 20 % pour l’ensemble de la population. Ce fossé met en lumière une discrimination persistante et documentée.
Du côté politique, les réactions n’ont pas tardé. Marine Tondelier, secrétaire nationale d’Europe Écologie-Les Verts, a dénoncé sur X des propos «scandaleux» et «inadmissibles», estimant qu’ils participent à «la banalisation du racisme à la télévision». Elle a, elle aussi, annoncé saisir l’Arcom. «Une soirée « normale » en prime time à la télé française… Le racisme se banalise. Ces propos sont inadmissibles», a-t-elle écrit.
Dans un contexte marqué par une hausse des actes antimusulmans en France, la polémique relance le débat sur la responsabilité des médias. Beaucoup rappellent que la lutte contre la musulmanophobie n’est ni une revendication communautaire ni un combat partisan, mais un devoir républicain.
A.M.