Sauf imprévu, le verdict dans l’affaire de l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports Abdelkader Khomri sera prononcé aujourd’hui par le président du pôle financier et économique du tribunal de Sidi M’hamed dépendant de l’autorité judiciaire de la cour d’Alger.
Par : Redouane Hannachi
Le président chargé du dossier se prononcera sur le sort de près de 70 prévenus entre détenus et non détenus. Le procès, faut-il le rappeler, concerne deux dossiers distincts. Il s’agit de l’affaire de l’Agence nationale d’édition et de publicité (ANEP), dans laquelle sont poursuivis (en étant libres) deux anciens PDG, Mohamed Boucena et Abdelkader Khomri, le directeur financier et le directeur de l’édition, ainsi que de celle de l’Agence nationale des loisirs et de la jeunesse (Analj), où Abdelkader Khomri est poursuivi en tant que ministre de la Jeunesse et des Sports, avec de nombreux cadres gestionnaires, notamment les dirigeants de l’Analj, dont quatre sont en détention provisoire . Au moins 70 prévenus entre les cadres dirigeants et les sociétés prestataires de service (avec l’Analj) sont passés à la barre, durant deux semaines, pour des faits liés à l’abus de fonction, l’octroi et perception d’indus avantages, dilapidation de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment d’argent. Le procès s’est déroulé le 30 avril dernier, avec le passage à la barre de plusieurs cadres dirigeants de l’Anep, dont Abdelkader Khomri, jugé pour «abus de fonction», «octroi d’indus avantages», «dilapidation de deniers publics», «blanchiment d’argent» et «enrichissement illicite», tandis que les trois autres cadres, Lazhari Labter, directeur de l’édition, Ahmed Boucena, ancien PDG et ancien DGA, ainsi que Labsi, directeur des finances et de la comptabilité, ont été auditionnés par rapport à leur implication directe et indirecte pour trois chefs d’inculpation, à savoir «abus de fonction», «dilapidation de deniers publics» et «octroi d’indus avantages».
Les prévenus qui se sont succédé aux auditions ont nié tous les faits qui leur ont été reprochés au cours de l’enquête préliminaire et l’instruction judiciaire. Le fait le plus marquant lors des débats c’est que Khomri, Boucena et Labsi se sont échangés les accusations. Chacun des mis en cause jetait la responsabilité pénale sur l’autre. Dans la deuxième affaire l’ex-ministre Abdelkader Khomri a été mis à mal et pointé du doigt par des ex-cadres et dirigeants de l’Analj. Ces derniers ont affirmé au président chargé du dossier que l’ex-ministre est à l’origine de toutes les opérations frauduleuses découvertes par les enquêteurs. Ils sont allés loin dans leurs déclarations en affirmant qu’ «il voulait s’accaparer de tous les biens» et est à l’origine «de la dilapidation de pas moins de 600 milliards de centimes dans l’organisation (2014-2015) d’un Festival de la jeunesse, des villages de camping et des colonies de vacances, en recourant à des prestataires de service sans respecter la procédure légale».
Dilapidation de deniers publics
Le procureur de la République a estimé au cours de son réquisitoire que l’affaire de l’Analj, qui repose, a-t-il précisé, «sur l’expertise judiciaire de l’inspection des finances, de la Cour des comptes et des audits», a révélé de «graves dilapidations de deniers publics et de violations de la procédure des passations de marchés publics». Il a ajouté que «le plan de restructuration de l’Anep et le partenariat entrepris par les dirigeants de l’agence ont été un échec et engendré des pertes importantes». Des faits pour lesquels il a réclamé une peine de 10 ans de prison ferme contre l’ancien ministre Abdelkader Khomri et contre l’ex-directeur général de l’Analj Mohamed Khemissi, une autre peine de 8 ans de prison contre Rachid Rezkane, ancien directeur de l’Analj, et Menouba Faidi, directrice générale des sports au ministère de la Jeunesse et des Sports. Une condamnation de 6 ans de prison ferme a été requise contre 8 autres prévenus, dont l’ancien PDG de l’Anep, Ahmed Boucena, Lezhari Labter, directeur de l’édition au sein de l’agence, et des cadres de l’Analj, comme El Hadi Cherchar, Mourad Labdi…
Le procureur près le pôle pénal de Sidi M’hamed a par ailleurs requis une peine de 5 ans de prison ferme contre plus d’une quarantaine de prestataires privés et une autre de 4 ans contre deux prévenus et une amende d’un million de dinars. En tant que partie civile, le ministère de la Jeunesse a affirmé que « par leur gestion, les dirigeants poursuivis ont fait partir en fumée le montant de 6 milliards de dinars, soit 44 millions de dollars, dépensés dans des piscines gonflables, des toboggans, des fournitures de camping, des colonies de vacances, etc. », avant de réclamer la restitution des montants «dilapidés». La défense de tous les prévenus a plaidé la relaxe, après avoir balayé toutes les charges. Il convient de signaler que les investigations ont révélé de nombreuses infractions dans l’attribution des marchés publics.et ce par la création de registres commerciaux sur mesure et leur modification selon les besoins, attribution de marchés sans appels d’offres ni contrats formels, versement d’avances financières injustifiées et surfacturation massive des prestations.
Les marchés, d’une valeur comprise entre 2 et 50 milliards de centimes, concernaient l’installation de villages de loisirs dans cinq wilayas : Alger, Oran, Constantine, Ouargla et El-Oued. Les équipements importés de Chine étaient de qualité médiocre, et certains matériels ont été loués à des prix vingt fois supérieurs à leur valeur d’achat.
R.H
