L’objectif de l’enquête nationale sur les dépenses de consommation et le niveau de vie des ménages est d’évaluer l’impact des politiques économiques, de cibler plus efficacement les réformes sociales et de concevoir des programmes adaptés aux populations vulnérables.
La Haute Commissaire à la numérisation, Meriem Benmouloud, a annoncé avant-hier le lancement de la grande enquête nationale structurelle sur les dépenses de consommation et le niveau de vie des ménages.
Une opération d’envergure, qui débutera en octobre prochain et s’étalera sur 13 mois, couvrant 540 communes à travers 52 wilayas. Elle vise à offrir une vision actualisée des réalités socio-économiques du pays et à fournir des données fiables pour appuyer les réformes publiques.
Meriem Benmouloud a insisté sur le caractère stratégique de l’opération lors de l’ouverture de la session de formation des enquêteurs à l’Université d’Alger 3 : «C’est un levier majeur pour améliorer la qualité de nos statistiques». Cette enquête permettra de mieux comprendre la réalité économique des ménages et d’ajuster nos politiques en conséquence, explique-t-elle.
La ministre a précisé que 392 agents (308 enquêtrices et 84 superviseurs), désignés par le ministère de l’Intérieur, seront formés avant de mener les relevés sur le terrain. Un test pilote précédera le lancement officiel, pour tester les outils méthodologiques.
Cette enquête, fruit d’un partenariat entre le Haut-Commissariat à la numérisation et l’Office national des statistiques (ONS), constitue un axe stratégique du plan d’action national. Elle permettra de poser les bases statistiques de l’année de référence 2025. Elle fournira des indicateurs sur la consommation, la répartition des revenus, le pouvoir d’achat, ainsi que les comportements des consommateurs. Ces données permettront d’évaluer l’impact des politiques économiques, de cibler plus efficacement les réformes sociales et de concevoir des programmes adaptés aux populations vulnérables.
Sur le plan économique, les résultats guideront l’investissement et la production vers les secteurs les plus porteurs, tout en participant à l’amélioration des comptes nationaux et du PIB.
Sur le plan social, l’enquête apportera des informations détaillées sur l’accès des ménages aux services essentiels tels que l’éducation, la santé, le logement, l’eau, l’électricité, le gaz et l’internet. Ces éléments permettront d’évaluer la qualité des services publics, d’identifier les carences à corriger et de mesurer l’efficacité des programmes de soutien.
Des attentes fortes de la société civile
Au-delà des ambitions affichées par les autorités, des voix citoyennes appellent à une plus grande ouverture et à un traitement plus inclusif de cette enquête, notamment du côté de la société civile.
Interrogé sur cette initiative, Hassan Menouar, président de l’association de protection du consommateur Al Aman, a salué l’objectif général de l’enquête mais a exprimé des réserves sur sa mise en œuvre et ses finalités : «J’aurais préféré que cette opération inclue des parties indépendantes, ce qui aurait renforcé sa portée. J’espère surtout que cette enquête aboutira à des propositions concrètes pour améliorer le niveau de vie des citoyens, notamment en ce qui concerne les salaires.»
Pour lui, la disparité des revenus en Algérie est un enjeu central. «Un citoyen qui gagne 200 000 DA par mois peut faire face à la hausse des prix. Mais quelqu’un qui vit avec 25 000 DA est totalement exclu. Il faut une enquête qui tienne compte de ces écarts, et qui couvre toutes les catégories sociales dans toutes les wilayas.»
Hassan Menouar plaide également pour une plus grande implication des chercheurs et des universités algériennes. «Une enquête de cette ampleur est aussi un acte de recherche», dira Hassan Menouar, avant d’ajouter que «les universitaires peuvent jouer un rôle essentiel dans la sélection des échantillons, l’analyse des données et la formulation de recommandations utiles pour les décideurs.»
L’objectif affiché par les pouvoirs publics est de mieux comprendre les habitudes de consommation, la répartition des revenus, l’accès aux services essentiels (éducation, santé, logement, internet…) et d’évaluer l’impact des politiques économiques actuelles sur le pouvoir d’achat.
«En tant qu’association, nous espérons que cette enquête apportera des solutions concrètes, avec des propositions capables de changer le quotidien des Algériens», conclut Menouar.
Islam K.
