Le dernier rapport de la Banque mondiale dresse un portrait contrasté de l’économie algérienne en 2024, marqué par une dynamique robuste dans les secteurs non liés aux hydrocarbures, alors même que la production et les exportations énergétiques reculaient.
En 2024, l’économie algérienne a affiché une performance notable hors hydrocarbures, avec une croissance de 4,8 %, soutenue par une progression significative des investissements (+9,5 %) et une consommation privée vigoureuse (+4,0 %). Cette dynamique a permis de compenser partiellement la baisse des exportations d’hydrocarbures et d’asseoir la croissance sur des bases plus diversifiées. Les données révèlent une intensification de l’activité dans plusieurs régions du Centre et du Sud du pays.
Les secteurs industriels, commerciaux et agricoles ont particulièrement profité de cette demande intérieure solide. La production manufacturière a augmenté de 4,8%, portée par les industries des matériaux de construction et le secteur minier. En parallèle, la production agricole a bondi de 5,1%, aidée par une bonne saison céréalière, contribuant à alléger les pressions inflationnistes.
Le marché de l’emploi a également montré des signes d’amélioration : le taux de chômage est tombé à 9,7 % fin 2024, contre 11,4 % en 2019, en grande partie grâce aux recrutements dans la fonction publique.
L’inflation recule
Autre signal positif : l’inflation a fortement ralenti, passant de 9,3 % en 2023 à 4,0 % en 2024. Cette désinflation a été portée par la baisse des prix alimentaires (+3,3 %), conséquence directe des bonnes performances agricoles et de la reprise des importations de viande. La stabilité du dinar et le ralentissement de la masse monétaire ont aussi contribué à cet apaisement des prix.
Ce recul de l’inflation, conjugué à des transferts publics accrus, a renforcé le pouvoir d’achat des ménages, en particulier les plus vulnérables, selon la Banque mondiale.
À l’opposé, le secteur des hydrocarbures a enregistré une contraction significative. La production de pétrole brut a chuté de 6,9 % en 2024, conséquence directe des réductions de quotas imposées par l’OPEP+. La demande intérieure croissante en énergie a également réduit les volumes exportables.
Le gaz naturel n’a pas échappé à cette tendance : la production a reculé de 6,2%, et les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) ont chuté de 14,3%. Les exportations par pipeline ont également fléchi, notamment vers la France et l’Espagne.
Résultat : le PIB du secteur hydrocarbures s’est contracté de 1,4% en 2024, tandis que les revenus d’exportation ont diminué de 10,4%, impactés à la fois par la baisse des volumes et des prix. Le prix moyen du pétrole algérien s’est stabilisé à 81,7 USD en 2024, en retrait par rapport aux années précédentes, tandis que la baisse de la part du GNL a pesé sur les recettes gazières.
L’urgence de la diversification
Dans une économie mondiale sous pression et dans un contexte géopolitique incertain, la Banque mondiale souligne l’urgence de réduire la dépendance de l’Algérie aux hydrocarbures, qui devraient encore représenter 79% des recettes d’exportation et 43% des recettes budgétaires en 2025.
La résilience économique à long terme passe par une accélération de la diversification, fondée sur une augmentation de l’investissement privé, tant national qu’international, et des gains de productivité. Il s’agit de diversifier les sources de recettes externes et fiscales, et de soutenir une croissance moins tributaire de la dépense publique.
Le rapport met également en garde contre les risques liés au financement des déficits budgétaires par l’épargne nationale, qui pèsent sur la stabilité monétaire. Un rééquilibrage des finances publiques devient crucial, non seulement pour contenir les déséquilibres macroéconomiques, mais aussi pour optimiser la qualité de la dépense publique. Cela nécessiterait des revues systématiques des dépenses et une meilleure priorisation des investissements publics, dans un contexte où les niveaux de dépense restent élevés par comparaison internationale.
Le rapport souligne qu’en dépit d’un environnement international moins porteur, l’économie algérienne a su capitaliser sur sa demande intérieure et un regain d’investissement pour maintenir une croissance respectable. Toutefois, la dépendance persistante aux hydrocarbures et la faiblesse des exportations hors énergie restent des vulnérabilités majeures à long terme.
L’enjeu pour les autorités sera désormais de pérenniser cette diversification économique, tout en maîtrisant les équilibres budgétaires et en poursuivant les réformes structurelles.
Islam K.
