Tout accord politique devra être expressément accepté par le Front Polisario.
Le processus de règlement du conflit entre la RASD (République arabe sahraouie démocratique) et le Maroc est placé sous l’égide des Nations Unies, mais il demeure enlisé en raison de visions fondamentalement opposées sur l’issue du statut du Sahara occidental. Faisant le point sur les négociations entre le Maroc et le Polisario sur le Sahara occidental, le conseiller du président Donald Trump pour les affaires arabes et africaines, Massad Boulos, a reconnu que le processus n’a pas abouti à un accord sur une solution.
Dans un entretien à la chaîne France 24, en marge de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, Massad Boulos a affirmé qu’il «n’y a pas de solution imminente au conflit du Sahara occidental», livrant ainsi un tableau bien moins tranché du processus au Sahara occidental que celui habituellement présenté depuis Rabat. Massad Boulos a expliqué « nous avons eu trois cycles de négociations».
Il ajoute que les ministres des Affaires étrangères d’Algérie, du Maroc et de Mauritanie, ainsi que la direction du Front Polisario, y ont participé, et qualifie ces échanges de «constructifs» et «productifs». Mais il reconnaît le résultat. «Nous n’avons pas pu parvenir à une solution mutuellement acceptable». Boulos a souligné que Washington attend toujours leurs observations du Front Polisario sur le plan d’autonomie et maintient que, tant que ces observations n’auront pas été reçues, il est impossible de progresser vers un accord. Il ajoute ensuite que les États-Unis restent en contact permanent avec le Front Polisario. Cette déclaration confirme que le Front Polisario n’a pas disparu du processus politique et rien ne peut se faire sans son consentement.
Les tâtonnements de Massad Boulos
Le conseiller du président américain a expliqué que Washington maintient la position adoptée par Donald Trump en 2020 et qui actait la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté marocaine et présente l’autonomie sous souveraineté marocaine comme la solution préconisée par les Etats-Unis. Boulos s’est permis d’attribue l’interprétation américaine à la résolution 2797 du Conseil de sécurité.
Mais que dit exactement la résolution 2797 ? Elle établit que les négociations doivent se fonder sur la proposition marocaine d’autonomie, considère qu’une véritable autonomie pourrait constituer une solution viable et invite les parties à formuler des propositions. Toutefois, le Conseil de sécurité maintient pour objectif une solution politique finale et «mutuellement acceptable» qui garantisse l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. Le contenu de la résolution ne stipule pas que le résultat doive nécessairement être une autonomie sous souveraineté marocaine.
C’est, d’ailleurs, ce qu’il expliquait, le 3 novembre 2025, en déclarant que la résolution «laisse la porte ouverte à d’autres idées», qu’elle ne fait pas de la proposition marocaine le cadre exclusif des négociations et qu’elle n’écarte pas le référendum d’autodétermination, dont «il appartient aux parties de la trancher lors des négociations», avec la possibilité d’«une forme de vote».
Positions inconciliables
Les positions sur le Sahara occidental restent bloquées. Les tentatives de relancer des pourparlers se heurtent à des divergences fondamentales entre les parties empêchant toute avancée diplomatique concrète. Le Front Polisario exige l’organisation d’un référendum d’autodétermination incluant explicitement l’option de l’indépendance totale. Pour le Polisario, le territoire demeure une question de décolonisation pendante, rejetant toute négociation préalable qui viderait de sa substance le droit à l’indépendance.
De son côté, le Maroc exclut catégoriquement toute option menant à l’indépendance. Considérant le Sahara occidental comme une cause sacrée, le Maroc propose un plan de large autonomie sous sa souveraineté exclusive, qu’il présente comme la seule base réaliste de compromis.
Beaucoup reste à faire
Le tableau dressé par le représentant américain est beaucoup plus complexe que celui d’un processus réduit à l’acceptation par le POLISARIO d’une solution préalablement décidée. En octobre prochain, le Conseil de sécurité évaluera la mise en œuvre de la résolution 2797 adoptée il y a une année et se prononcera sur la reconduction du mandat de la Minurso. Une nouvelle résolution devrait être adoptée.
En attendant, le dossier reste inscrit à l’agenda de l’ONU comme une question de décolonisation, sans qu’un consensus politique concret ou un compromis ne permette de finaliser un règlement définitif du conflit.
S. Smati
