À la veille de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations unies, un mouvement diplomatique de grande ampleur est en train de redessiner la carte du Proche-Orient sur la scène internationale.
Neuf pays, dont le Royaume-Uni, le Canada et l’Australie, ont annoncé officiellement leur reconnaissance de l’État de Palestine, portant à 148 le nombre d’États membres de l’ONU à avoir franchi ce pas. Cette dynamique marque un tournant historique dans la quête palestinienne de souveraineté et de légitimité internationale.
Le geste le plus symbolique est sans doute celui du Royaume-Uni. Le Premier ministre Keir Starmer a pris la parole dans une déclaration filmée, diffusée sur les réseaux sociaux, pour affirmer que son pays reconnaissait officiellement l’État de Palestine. «Aujourd’hui, pour raviver l’espoir de paix et d’une solution à deux États, je déclare solennellement en tant que Premier ministre de ce grand pays, que le Royaume-Uni reconnaît officiellement l’État de Palestine», a-t-il indiqué, inscrivant Londres dans une dynamique internationale coordonnée qui vise à redonner vie au processus de paix. Cette décision met fin à des décennies de prudence diplomatique britannique, héritée d’une histoire marquée par le mandat britannique en Palestine et par des équilibres complexes au sein du Proche-Orient.
Dans le même élan, le Canada a franchi le pas. Le Premier ministre Mark Carney a annoncé que son pays reconnaissait désormais officiellement l’État palestinien. «Le Canada reconnaît l’État de Palestine et propose son partenariat pour construire un avenir pacifique tant pour l’État palestinien que pour l’État israélien», a-t-il affirmé dans un communiqué. Ottawa rejoint ainsi un mouvement global qui gagne en ampleur, affirmant sa volonté de s’impliquer activement dans la recherche d’une solution durable au conflit.
L’Australie a également officialisé sa position par une déclaration conjointe du Premier ministre Anthony Albanese et de la ministre des Affaires étrangères Penny Wong. Canberra a souligné que cette reconnaissance s’inscrivait dans une continuité historique de soutien à la solution à deux États et qu’elle reflétait la légitimité des aspirations palestiniennes à disposer d’un État souverain. Le gouvernement australien a précisé avoir reçu des engagements clairs de l’Autorité palestinienne, notamment en matière de réformes institutionnelles, de gouvernance, d’organisation d’élections démocratiques et de reconnaissance du droit de l’entité sioniste à exister. L’Australie a, en revanche, insisté sur le fait que le Hamas ne devait jouer aucun rôle politique dans l’avenir de la Palestine.
Ces annonces simultanées, coordonnées avec celles de la Belgique, du Luxembourg, de Malte, d’Andorre et de Saint-Marin, traduisent une volonté d’impulsion collective. Elles interviennent dans un contexte marqué par la guerre à Gaza, déclenchée après le déluge d’Al Aqsa du 7 octobre 2023, et par une paralysie du processus de paix depuis plusieurs années. Le choix du Portugal d’avancer sa reconnaissance officielle au 21 septembre illustre également l’urgence ressentie par plusieurs capitales face à l’impasse politique et humanitaire.
Une reconnaissance qui atteint le Conseil de sécurité
Avec ce nouvel élargissement, la Palestine bénéficie désormais du soutien de 148 États sur les 193 membres de l’ONU. Plus encore, cette dynamique entraîne une évolution notable au sein du Conseil de sécurité des Nations unies : avec le Royaume-Uni et l’annonce de la France de suivre la même voie, quatre des cinq membres permanents de l’organe exécutif onusien reconnaîtront bientôt l’État de Palestine, puisque la Chine et la Russie avaient déjà franchi ce pas dès 1988. Seuls les États-Unis, farouchement opposés à une reconnaissance unilatérale, restent en retrait.
Face à cette vague, l’entité sioniste affiche sa détermination à résister. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a réagi en estimant que la création d’un État palestinien mettrait en danger l’existence même de l’entité sioniste. «Nous devrons lutter à l’ONU et sur tous les autres terrains contre la propagande mensongère à notre encontre et contre les appels à la création d’un État palestinien qui constituerait une récompense absurde pour le terrorisme», a-t-il soutenu, tout en promettant de faire entendre la voix de l’entité sioniste dans les prochains jours devant l’Assemblée générale.
L’implication de la communauté internationale
La communauté internationale, elle, semble engagée dans une nouvelle phase, qui ne se limite pas à des déclarations symboliques. Des travaux diplomatiques sont en cours pour bâtir un plan de paix crédible qui engloberait la reconstruction de Gaza, le renforcement des capacités institutionnelles de l’État palestinien et la garantie de la sécurité de l’occupant. Les pays arabes et les États-Unis sont appelés à jouer un rôle moteur dans cette entreprise, mais l’impulsion donnée par Londres, Ottawa et Canberra pourrait bien changer les équilibres.
Une victoire diplomatique
Pour les Palestiniens, cette reconnaissance accrue est une victoire diplomatique majeure, même si elle ne change pas immédiatement leur quotidien marqué par l’occupation, les violences et l’absence de perspectives politiques claires. Elle confère cependant à leur cause une légitimité renforcée et accroît la pression sur l’entité sioniste et ses alliés pour reprendre le chemin des négociations. Le défi reste immense : traduire cette reconnaissance en avancées concrètes vers un État viable, démocratique et pacifique. Mais aux yeux de nombreux observateurs, le processus enclenché ces derniers jours marque le début d’une nouvelle page dans l’histoire longue et tourmentée du conflit palestino-sioniste.
Assia M.
