Le dossier sera abordé ultérieurement de façon pragmatique et surtout réversible.
Les relations entre l’Algérie et la France traversent une période diplomatique complexe, marquée, en ce mois de juillet, par de vifs débats autour de la politique des visas. L’éventualité d’une hausse du nombre de visas accordés aux Algériens a déclenché une offensive politique du RN et de LR.
Les critiques les plus virulentes viennent du RN et de LR, qui cherchent à transformer ce dossier en symbole politique. Jordan Bardella parle de «capitulation». Bruno Retailleau réclame que la délivrance des visas soit conditionnée à la libération de Christophe Gleizes et au renvoi par Alger des ressortissants algériens que la France souhaite expulser.
Hier encore, Franck Allisio, député RN, a jugé sur CNews, dans l’émission La Grande Interview, que la relation entre Paris et Alger était aujourd’hui «scandaleuse» et a appelé à «une nouvelle approche diplomatique».
Le ministère de l’Intérieur explique d’ailleurs qu’en 2025, les effectifs consulaires en Algérie ont été réduits, faute d’accréditations suffisantes, ce qui a pesé sur la délivrance des visas. Le Quai d’Orsay a également indiqué que le nombre de visas accordés aux Algériens avait diminué de plus de
20% en 2025.
En 2024, les Algériens ont obtenu 209 723 visas, selon les chiffres officiels du ministère de l’Intérieur. En 2025, ils restent parmi les principaux bénéficiaires de visas de long séjour, avec 18 371 titres délivrés, dont près de la moitié pour des études ou des stages et 28,8 % pour des motifs familiaux.
Une forte baisse des visas toucherait donc d’abord les étudiants, les jeunes, les familles et les couples, bien plus que les seuls enjeux diplomatiques entre États.
L’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, a exprimé l’intention de revenir à un niveau de 250 000 visas délivrés annuellement, provoquant des remous politiques en France, mais suscitant également l’espoir d’une facilitation des déplacements pour les familles et les étudiants.
Le Quai d’Orsay écarte tout objectif chiffré
En réponse au tollé provoqué par les dernières déclarations de l’ambassadeur français, le Quai d’Orsay assure que si la relance des relations avec Alger est bien engagée, elle reste guidée par les «seuls intérêts de la France».
Le communiqué insiste sur un point essentiel : la question des visas n’est pas au cœur des échanges actuels et aucun objectif chiffré n’a été validé.
Invité sur LCI, Benjamin Haddad a affirmé qu’aucun quota ni objectif chiffré n’était envisagé concernant les visas. Le ministre délégué chargé de l’Europe a assuré que la France aborderait ses relations avec l’Algérie en fonction de ses intérêts, notamment sur les questions migratoires, sécuritaires et le dossier du journaliste Christophe Gleizes.
Une approche «pragmatique» et réversible
Pour l’heure, le dialogue se poursuit avec Alger dans une «dynamique de réengagement», confie une source au sein du Quai d’Orsay. Cette relance exclut, pour le moment, la question des visas, qui sera abordée ultérieurement de manière «pragmatique» et surtout «réversible», a insisté Benjamin Haddad.
Le ministre délégué a prévenu que tout progrès serait
«conditionné à des résultats très concrets. Et ce n’est qu’en fonction des résultats que nous avancerons ou non dans une direction», a-t-il ajouté.
La France avait pourtant considérablement durci sa politique quelques mois plus tôt. En août 2025, Paris avait suspendu l’accord de 2013 et renforcé les conditions d’attribution des visas.
Les prochains jours diront si la polémique reste uniquement verbale ou si elle se traduit par une inflexion concrète. L’attention se portera sur les précisions du Quai d’Orsay, l’éventuelle réaction d’Alger et la suite donnée aux dossiers sensibles déjà en cours, notamment les expulsions, la coopération consulaire et le sort de Christophe Gleizes.
Préserver les liens humains
Le Quai d’Orsay défend une approche plus pragmatique : préserver les liens humains et éviter que la population paie le prix de la crise. Cette position protège les familles mixtes, les étudiants, les binationaux, les entreprises et les réseaux universitaires. Elle sert également les intérêts économiques français dans un pays où les échanges commerciaux, les mobilités et la coopération consulaire restent étroitement liés.
Mais tant que ces sujets resteront en suspens, chaque déclaration sur les visas pourra raviver la crise.
Les deux pays discutent désormais du rétablissement de leurs personnels diplomatiques et consulaires. La France souhaite disposer, dès cet été, de l’ensemble des effectifs nécessaires au traitement des demandes.
H. Adryen
