Avant de bâtir des usines, des ports ou des corridors logistiques, l’Afrique doit construire un actif plus précieux encore. La confiance.
C’est le message qui s’est imposé à Nairobi lors de la 26ᵉ Assemblée générale d’Atidi. Derrière les performances financières record de l’institution, se dessine une ambition bien plus vaste. Celle de bâtir une architecture financière africaine capable de financer le développement du continent avec ses propres instruments.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, Atidi a porté son exposition à 9,2 milliards de dollars, dégagé un bénéfice de 71,4 millions de dollars, franchi pour la première fois le seuil du milliard de dollars d’actifs avec 1,06 milliard et renforcé ses fonds propres à 883 millions de dollars. Depuis sa création, elle affirme avoir facilité plus de 93 milliards de dollars d’échanges commerciaux et d’investissements sur le continent grâce à ses garanties contre les risques politiques et commerciaux.
Ces résultats alimentent une conviction de plus en plus partagée. Le problème de l’Afrique n’est pas l’absence de capitaux. Il réside dans le coût du risque. Tant que les investisseurs continueront de considérer le continent comme une zone à haut risque, le financement restera plus cher qu’ailleurs. C’est précisément pour corriger cette perception qu’est née la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement, soutenue par le président kenyan, William Ruto, et le président de la Banque africaine de développement, Sidi OuldTah. Son objectif est de mobiliser davantage d’épargne africaine, renforcer les mécanismes de garantie et réduire le coût du capital.
Dans cette dynamique, l’Algérie dispose d’une véritable carte à jouer.
Depuis plusieurs années, Alger cherche à redéployer sa politique économique vers l’Afrique. L’ouverture de banques algériennes dans plusieurs pays africains, le développement des infrastructures frontalières, la mise en service progressive de la route transsaharienne, les projets d’interconnexion énergétique et l’entrée en vigueur de la Zone de libre-échange continentale africaine traduisent une volonté de construire un véritable écosystème économique et financier africain.
Mais cet écosystème ne pourra pleinement fonctionner sans des institutions capables de transformer le risque en confiance. C’est précisément la mission d’organismes comme Atidi. Pour les entreprises algériennes souhaitant investir ou exporter vers l’Afrique, l’assurance contre les risques politiques et commerciaux devient un levier aussi stratégique que le financement bancaire lui-même.
Au fond, la véritable bataille ne se joue plus seulement sur les infrastructures ou les ressources naturelles. Elle se joue sur la capacité des institutions africaines à rassurer les marchés, attirer les investisseurs et retenir les milliers de milliards de dollars d’épargne africaine qui continuent de financer d’autres économies.
L’Algérie, qui ambitionne de devenir un hub économique reliant la Méditerranée, le Sahel et l’Afrique subsaharienne, aurait tout intérêt à inscrire cette nouvelle architecture financière parmi ses priorités stratégiques. La compétitivité d’un pays ne dépendra plus uniquement de ce qu’il produit, mais aussi de la confiance qu’il sera capable d’inspirer aux investisseurs africains et internationaux.
S. Méhalla
