Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, n’y est pas allé par le dos de la cuillère pour dénoncer les agissements malsains des Émirats arabes unis, sans les nommer directement, ainsi que ceux de la France envers l’Algérie.
Lors de son entretien périodique avec les médias nationaux, diffusé samedi soir sur les télévisions nationales, le chef de l’État a souligné que l’Algérie entretenait de bonnes relations avec les pays de la région arabe, à l’exception d’une «principauté», faisant clairement référence aux Émirats, qu’il accuse d’avoir cherché à intervenir dans les élections présidentielles algériennes de 2019 et 2024.
Ingérence dans les élections
«Il reste un État, pour ne pas dire un mini-État, qui gesticule», a-t-il indiqué. Le Président a affirmé que ce pays s’est ingéré dans les processus électoraux en Algérie. «Ils s’immiscent dans nos élections, dans la première puis la deuxième élection. Ils se sont mêlés de telle et telle autre affaire», a-t-il dénoncé.
En effet, Abu Dhabi avait soutenu le candidat Azzedine Mihoubi lors du scrutin de 2019, en plus du fait que les Émirats auraient tenté de déstabiliser la région du Sahel pour influencer les résultats des élections.
Menaces d’arbitrage et résiliation d’accords
Dans son entretien, le président Tebboune a révélé que les Émirats menaçaient l’Algérie de recourir à l’arbitrage international, après la décision du gouvernement algérien de résilier certains accords d’investissement avec les Émirats, notamment concernant la société de tabac, les ports algériens et la production de véhicules militaires.
«Ne nous poussez pas à regretter le jour où nous vous avons connus», a averti le chef de l’État, soulignant que l’Algérie aspirait à être un «pays de stabilité», mais que «ceux qui nourrissent des intentions malveillantes échoueraient».
Rupture de la convention aérienne
Ces propos surviennent au lendemain de l’engagement par l’Algérie d’une procédure pour mettre fin à la convention aérienne signée entre les deux pays en 2013. Selon l’APS, la dénonciation de la convention aérienne prévoit la fin des facilités accordées aux compagnies des deux pays, notamment en matière de droits de trafic et d’exonérations.
Cette décision marque la deuxième mise au point du président Tebboune contre les Émirats en trois mois, après avoir déjà dénoncé en octobre dernier les tentatives d’ingérence émiratie dans les affaires internes de l’Algérie et d’autres pays de la région.
«Partout où il y a des conflits, l’argent de cet État est présent, au Mali, en Libye, au Soudan», avait déjà déclaré le président Tebboune.
La guerre économique
Le président Tebboune a également exprimé son mécontentement envers la France, après la diffusion sur la chaîne publique française France 2 d’un documentaire qu’il a qualifié d’attaque personnelle. Il a accusé la France, sans la nommer, de bloquer les discussions entre les deux pays et de «mener une guerre» économique contre l’Algérie, tout en incitant l’Union européenne à limiter les échanges commerciaux avec l’Algérie.
Le cas du rond à béton et des quotas européens
Pour étayer ses propos, il a cité l’exemple de l’exportation vers l’Europe du rond à béton algérien. «Nous avons de bonnes relations avec les pays, notamment avec nos amis italiens, espagnols, allemands. Mais il y a certains pays qui incitent à la haine contre l’Algérie, en pensant que nous allons succomber à ces méthodes viles», a-t-il dénoncé.
À propos des quotas d’exportation vers l’Europe, le président Tebboune a indiqué que «l’UE attribue à l’Algérie un quota pour chaque trimestre, quantité qui est totalement consommée en 12 jours, alors que 85% des achats de l’Algérie proviennent d’Europe et que normalement il y a du libre-échange».
Renégociation de l’accord d’association
Dans ce contexte, il a justifié la demande algérienne de révision de l’accord d’association.
«C’est pour cela que nous avons demandé la renégociation de l’accord d’association. En réalité, il y a un consensus, moins un», a-t-il déclaré, faisant allusion à la France, sans la nommer, de «répéter ses erreurs» avec l’Algérie.
Il a rappelé l’embargo français contre le vin algérien au lendemain de l’indépendance, ce qui a obligé l’Algérie à «arracher ses vignobles» et à les remplacer par d’autres cultures comme les céréales.
La visite de Nuñez et la question des expulsions
Le président Tebboune a ignoré les récentes déclarations du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, qui conditionne sa visite en Algérie. «Cela le concerne, pas nous. S’il souhaite venir, il est le bienvenu», a-t-il rétorqué, avant de critiquer le traitement réservé aux ressortissants algériens en situation irrégulière en France.
«Les renvoyer dans des avions sans leur permettre de défendre leurs droits est inacceptable. Chaque fois qu’ils nous les enverront, nous les renverrons», a-t-il clamé.
R.N
