Après un bref réchauffement lors du premier mandat du président Macron, les relations entre Algérie et France ont traversé une période de tension depuis l’annonce en 2024 du soutien du chef de l’État français au plan marocain d’annexion du Sahara occidental.
Une détérioration qui a atteint un stade inédit, dans un contexte de montée en France de l’extrême-droite stimulée par un discours officiel islamophobe. Mais depuis peu, les contacts diplomatiques ont repris et des réunions de travail ont commencé entre experts en sécurité.
Des parlementaires français, tous issus de la gauche, ont séjourné récemment en Algérie. Parmi cette délégation figure la sénatrice Mathilde Ollivier, qui entame son premier déplacement en Algérie. Issue du parti des Verts, celle-ci a abordé lors d’un entretien lundi dernier, a une télévision algérienne privée plusieurs questions concernant les relations entre les deux pays, au premier rang desquelles la mémoire coloniale.
Elle a défendu le droit plein et entier de l’Algérie à «récupérer ses biens culturels spoliés», estimant que ce «dossier doit être géré par des commissions d’experts et selon des mécanismes clairs, afin d’englober toutes les opérations de pillage et de spoliation, y compris celles antérieures à 1815».
Une condition morale et politique
La sénatrice a reconnu que tout processus sérieux de rétablissement des relations entre les deux pays doit impérativement passer par la «reconnaissance des crimes coloniaux, la présentation d’excuses officielles et l’ouverture du dossier des réparations».
La sénatrice a déclaré que la présentation par la France d’«excuses claires pour la période coloniale», ainsi que «l’ouverture d’un débat sérieux sur les réparations», constituent une condition morale et politique pour «construire une relation équilibrée, dépassant la logique du déni et de l’ignorance qui a marqué la position française pendant des décennies».
Concernant la diplomatie parlementaire, Mathilde Ollivier a affirmé qu’«elle demeure un canal essentiel pour maintenir le dialogue entre l’Algérie et la France», même en période de tension, insistant sur le fait que la rupture et l’escalade politiques ne font qu’aggraver les différends, à un moment où les relations bilatérales ont besoin de davantage de responsabilité politique et de conscience historique.
La relance du processus d’apaisement
Mathilde Ollivier a critiqué les tentatives de l’extrême droite française d’instrumentaliser le dossier du colonialisme et les relations avec l’Algérie à des fins électorales et idéologiques, notamment à travers l’attaque des accords bilatéraux.
Elle a assuré que «les initiatives menées par ce courant ne seront pas ratifiées au Sénat, en raison d’une forte opposition de la gauche et du parti des Verts auquel elle appartient».
Elle a également lié le recul du dialogue avec l’Algérie aux politiques rigoristes menées par l’ancien ministre français de l’Intérieur et chef du parti de droite «Les Républicains», Bruno Retailleau, estimant que son départ «pourrait ouvrir la voie à une relance du processus d’apaisement, après des années de discours tendu ayant nui aux relations bilatérales et ignoré la sensibilité du dossier de la mémoire coloniale».
La sénatrice a insisté sur la nécessité pour la France de «reconnaître explicitement les crimes du colonialisme», affirmant que «ce processus ne peut aboutir sans l’implication des historiens, l’ouverture des archives et un travail commun avec l’Algérie, loin des calculs politiques conjoncturels». En mars 2035, elle a publié dans la presse en compagnie de plusieurs autres personnalités françaises une tribune dans laquelle a indiqué que «droite et l’extrême droite françaises se livrent à un concours de déclarations agressives et revanchardes à l’égard de l’Algérie.
Chaque jour, des membres de LR et du RN enchaînent des propos outranciers à l’encontre de l’Algérie et des Algériens. «Bruno Retailleau utilise cette posture nauséabonde comme rampe de lancement vers la direction de son parti, achevant cahin-caha son chemin vers l’extrême-droitisation de LR» est-il encore écrit.
Des surenchères stériles
Sur les accords franco-algériens de 1968, elle écrit que «certains en France brandissent aujourd’hui les accords franco-algériens de 1968 comme un enjeu crucial, alors que leur contenu a été largement révisé au fil des réformes successives.
L’histoire récente montre que les déchirures diplomatiques et le mépris des engagements internationaux sont l’apanage des régimes autoritaires. Est-ce vraiment la voie que nous voulons suivre ?».
En conclusion, elle insiste sur le fait que le passé ne doit pas être occulté, mais il ne doit pas non plus servir d’alibi à des surenchères stériles. «Nous devons assumer notre histoire tout en construisant un avenir basé sur des intérêts communs. Cette ambition exige du courage politique et une vision à long terme, loin des calculs électoralistes et des petites phrases incendiaires».
Mahmoud Tadjer
