Quand la diplomatie et le prestige masquent l’ombre du narcotrafic
Le quotidien Le Monde a récemment publié un dossier exceptionnel de 30 pages consacré au roi Mohammed VI et au Maroc. Si l’enquête revient longuement sur la vie privée du souverain, elle passe sous silence un aspect central : la place du royaume dans le trafic international de drogues.
Car derrière l’image officielle d’un pays stable et partenaire stratégique de l’Europe, le Maroc est régulièrement présenté par des experts et des institutions internationales comme l’un des principaux producteurs mondiaux de cannabis. Certaines estimations évaluent à près de 25 % la part de cette économie parallèle dans le produit intérieur brut du pays.
Un narco-État au cœur de l’Europe
Cette production massive irrigue les marchés européens, en particulier la France, où elle alimente des réseaux mafieux structurés. Les retombées économiques de ce trafic colossal favorisent la corruption jusque dans les rouages essentiels de l’État : policiers, magistrats, agents pénitentiaires. Tous sont exposés à l’influence de flux financiers illégaux estimés à plusieurs milliards d’euros par an.
Les conséquences sont multiples : progression du proxénétisme, multiplication des violences liées aux trafics, rackets, et fragilisation profonde du tissu social. Autant de phénomènes qui accentuent la perception d’un royaume au double visage : celui d’un allié politique et économique d’un côté, celui d’un narco-État toléré de l’autre.
L’impunité des responsables
Une question s’impose dès lors : pourquoi les véritables organisateurs de ces circuits bénéficient-ils d’une telle impunité ? Et pourquoi ce sujet, aux répercussions directes sur la société française, fait-il l’objet d’un silence médiatique persistant ?
Sur le plan politique, le contraste est frappant : alors que l’Algérie occupe régulièrement le discours officiel français, le Maroc semble échapper à ce traitement critique. Certains analystes avancent l’hypothèse d’une diplomatie d’influence, entretenue par des liens économiques, mais aussi par des privilèges accordés à certains décideurs français.
L’angle mort médiatique
Dans ce contexte, l’enquête du Monde interroge. Comment expliquer qu’un travail d’une telle ampleur ait écarté la question du narcotrafic, pourtant centrale dans la compréhension du Maroc contemporain ?
Ce silence, volontaire ou non, contribue à entretenir l’image d’un royaume modèle, quand une part de sa puissance repose sur une économie parallèle qui impacte directement l’Europe.
k.Bouhebaka
