Entre régulation partielle, spéculation et comportements d’achat, associations et consommateurs sont appelés à rester vigilants pour protéger leur pouvoir d’achat.
La première semaine du mois sacré de Ramadhan a offert un tableau mitigé du marché alimentaire. Dans la majorité des wilayas, les marchés quotidiens et les marchés de Ramadhan, récemment mis en place, sont correctement approvisionnés, et l’offre de produits de base reste suffisante. L’impression dominante est celle d’une certaine stabilité, surtout pour les légumes et les produits de consommation courante. Toutefois, derrière ce calme apparent, certaines tensions subsistent, notamment sur les fruits importés et la viande, deux segments sensibles qui attirent l’attention des consommateurs et des associations de défense.
Des prix de gros raisonnables
Sur les marchés de gros, plusieurs produits alimentaires affichent des prix jugés raisonnables. L’oignon, essentiel dans les plats traditionnels du Ramadhan, est proposé entre 50 et 60 DA le kilogramme. La carotte se situe autour de 50 DA, tandis que la pomme de terre, qui ne descendait jamais sous les 100 DA avant le mois sacré, est aujourd’hui vendue entre 25 et 60 DA, selon les régions. La tomate, autre ingrédient incontournable, se négocie entre 60 et 70 DA en gros et environ 70 DA au détail dans certaines wilayas.
Les agrumes, fruits traditionnels du Ramadhan, sont également disponibles en quantité suffisante. L’orange est vendue à partir de 80 DA en gros pour certaines variétés et peut atteindre 150 à 200 DA pour d’autres, tandis que le citron, très demandé, se situe entre 70 et 100 DA le kilogramme au marché de gros. Les produits de base, eux, demeurent relativement stables : le sucre est vendu à 90 DA le kilogramme, l’huile à 125 DA le litre et le bidon de cinq litres à 630 DA.
Ces prix, considérés comme accessibles, contrastent avec les fluctuations parfois observées dans les points de vente de détail. Selon les associations de consommateurs, cette stabilité en gros est le fruit des efforts conjoints des pouvoirs publics et de la régulation partielle des marchés de proximité.
Le diktat des importateurs
«Le problème des fruits et légumes ne se pose pas en termes de disponibilité», souligne-t-il. Selon lui, les produits de saison sont présents sur l’ensemble du territoire national et les prix restent globalement acceptables. La pomme de terre, par exemple, ne dépasse pas les 60 DA le kilogramme, l’oignon se situe entre 60 et 70 DA et la carotte autour de 80 DA.
En revanche, Menouar attire l’attention sur la hausse constatée sur plusieurs fruits importés. «Ce n’est pas seulement la banane. On observe une augmentation sur plusieurs fruits», insiste-t-il. La banane est passée de 450 DA au début du Ramadhan à 550 DA le kilogramme quelques jours plus tard, sans justification apparente.
Pour lui, ce segment échappe largement à la régulation. «Même les pouvoirs publics n’ont pas la main sur ce domaine. Ce sont les importateurs qui décident. Les commerçants ne font que relayer», explique-t-il. Selon Menouar, l’ouverture de l’importation à un nombre limité d’opérateurs affaiblit la concurrence et favorise les dérives tarifaires. Il plaide pour une ouverture plus large du marché afin de casser les positions dominantes et rappelle que la production nationale de bananes commence à émerger, ce qui devrait, à terme, contribuer à réguler les prix.
Il insiste également sur la responsabilité des citoyens. «Lorsqu’un produit est vendu à un prix excessif, il ne faut pas l’acheter. Il faut le boycotter», affirme-t-il. Pour lui, le Ramadhan n’est pas un moment pour consommer davantage, mais pour apprendre la modération, la retenue et la distinction entre l’essentiel et le superflu. Il critique la tendance des familles algériennes à privilégier certaines viandes et fruits importés au détriment de produits locaux et de saison.
Une stabilité relative
Pour Mustapha Zebdi, président de l’Association algérienne de protection et d’orientation du consommateur et de son environnement, le constat est légèrement différent et complète celui de Menouar.
Selon Zebdi, une baisse a été constatée sur certains produits essentiels, mais aussi sur des produits non essentiels comme la salade ou le concombre. «Ces produits ne sont pas de saison et ne sont pas considérés comme essentiels pour la famille algérienne durant le Ramadhan», explique-t-il, ce qui pourrait expliquer certaines hausses ponctuelles.
Concernant les viandes, Zebdi observe une stabilité relative grâce à une importation anticipée et à la disponibilité du produit local. «Pour la viande ovine, le prix annoncé, entre 2 300 et 2 400 DA le kilogramme, est un peu élevé par rapport à ce que nous espérions, mais il a contribué à stabiliser le marché», précise-t-il. Il ajoute que la valeur ajoutée de la viande importée, notamment liée à l’abattage, influence les variations de prix d’un opérateur à l’autre et d’une semaine à l’autre. Selon lui, cette année, la flambée spectaculaire observée les années précédentes a été limitée grâce à cette anticipation.
Les fruits de la spéculation
La hausse des prix de certains fruits, comme la banane ou la fraise, ne concerne pas l’ensemble du territoire. «Dans certains marchés de proximité, les prix restent stables, tandis que dans d’autres magasins, on observe des augmentations variables selon les régions», explique Zebdi.
Il parle d’une spéculation qui profite parfois des faiblesses du contrôle et du comportement de certains commerçants : «Les commerçants achètent ces produits à des prix déjà élevés et parfois avec des factures différentes pour échapper au contrôle et augmenter leurs marges. Il y a une certaine complicité dans le système», affirme-t-il.
Malgré cette situation, Zebdi se montre prudent sur l’idée d’un boycott généralisé. «On ne peut pas lancer un appel formel au boycott. Nous privilégions la dénonciation et la sensibilisation, ainsi que le soutien à des initiatives spontanées des consommateurs», précise-t-il. Il rappelle que les importateurs bénéficient d’autorisations spécifiques et doivent respecter des marges réglementées. La consommation accrue durant le Ramadhan ne justifie pas à elle seule les hausses constatées.
Vigilance et responsabilité
À travers les wilayas, la première semaine du Ramadhan montre un marché contrasté. D’un côté, légumes et produits de base sont disponibles et abordables ; de l’autre, certains fruits importés et la viande restent sous tension, révélant les limites de la régulation et la nécessité d’une meilleure transparence.
Les associations de défense des consommateurs, en contact direct avec les acteurs du marché, poursuivent leur veille et multiplient les sensibilisations. Pour Hacène Menouar et Mustapha Zebdi, la solution repose autant sur une meilleure organisation du marché et l’élargissement de l’importation que sur une prise de conscience des consommateurs, appelés à adopter des comportements responsables pour protéger leur pouvoir d’achat.
Ainsi, le Ramadhan 2026 à l’échelle nationale est marqué par un équilibre relatif, mais aussi par des signaux d’alerte sur la spéculation et la régulation, invitant à une vigilance continue pour que les prix restent justes et accessibles à tous.
K. Zemmouri
