La fermeture effective du détroit d’Ormuz a contraint plusieurs pays à limiter leur production. Alors qu’environ 20% de la production mondiale de pétrole et près de 20% du gaz naturel liquéfié (GNL) transite par ce détroit, sa fermeture continue d’inquiéter les marchés et d’être un facteur de hausse des cours.
Donald Trump avait suggéré que «si nécessaire, la marine américaine commencera à escorter les pétroliers dans le détroit d’Ormuz, dès que possible». Une proposition qui n’a pas convaincu puisque intervenant moins de 24 heures après que des responsables de l’US Navy ont déclaré aux représentants de l’industrie du transport maritime qu’il n’y avait aucune chance que des escortes soient mises en place dans un avenir proche.
En attendant, les prix du pétrole se sont débridés et qu’il est impossible, dans le contexte actuel, de prédire la limite à laquelle s’arrêtera cette flambée des prix. Vendredi, le baril de Brent a clôturé à 92,69 dollars, soit une augmentation de plus de 8% par rapport à la veille, et de 27,88% sur la semaine, après les premières frappes israélo-américaines sur l’Iran.
Le baril du WTI américaine a, lui, terminé à 90,90 dollars, en hausse de plus de 12% sur la séance. Il a bondi de 35,63% sur une semaine, un record depuis la création des contrats à terme sur le WTI en 1983. En quelques séances, les prix se sont donc renchéris de plus de 20 dollars. Depuis le début de l’année, la hausse est même supérieure à 30 dollars.
L’impasse
La seule solution, pour éviter cette explosion des prix, reste un accord de paix, ou du moins de cessez-le-feu. Une option loin d’être gagné alors que les frappes aériennes se poursuivent chaque jour, dans tout le Moyen-Orient.
Une option qui semble même s’éloigner de plus en plus quand le président américain déclare qu’aucun accord avec l’Iran ne sera possible sans une capitulation sans condition. La réponse du président iranien ne s’est pas fait attendre puisque il a clairement affirmé que l’Iran ne se rendra pas aux Etats-Unis.
Face aux positions inconciliables des une et des autres, la flambée n’est pas près de s’arrêter.
Un baril à 150 dollars ?
La banque Goldman Sachs a prévenu vendredi que «les prix du pétrole dépasseraient probablement les 100 dollars la semaine prochaine si aucun signe de solution n’apparaît d’ici là».
De son côté, Saad al-Kaabi, ministre de l’Energie du Qatar, a expliqué au Financial Times que si le conflit durait plusieurs semaines, les pays exportateurs d’énergie du Golfe cesseraient leurs productions, faisant flamber le prix du baril à 150 dollars d’ici à trois semaines.
Le Qatar a, lui, déjà interrompu ses forages, invoquant la «force majeure» et la production ne reprendra pas tant qu’il n’y aura pas eu de cessation complète des hostilités, a assumé le ministre. Il a ajouté que même si la guerre prenait fin dès aujourd’hui, il faudrait «des semaines, voire des mois» pour que son pays retrouve son niveau de production du début d’année.
Production à l’arrêt
«Nous nous attendons à ce que tous ceux qui n’ont pas encore invoqué la force majeure le fassent dans les prochains jours, tant que la situation perdure», a indiqué le ministre qatari.
Les attaques qui se poursuivent dans la région ont déjà entraîné la suspension des opérations dans la plus grande raffinerie d’Arabie saoudite ainsi que l’arrêt de la majeure partie de la production pétrolière irakienne et de plusieurs grands champs gaziers.
L’Irak a déjà réduit son approvisionnement d’environ 1,5 million de barils par jour. À l’instar de l’Irak, le Koweït a également réduit sa production de pétrole et semble atteindre ses limites de stockage. Le pays a fermé de fait la plupart de ses capacités de raffinage destinées à l’exportation.
Risque de pénuries
Face à ces perturbations et aux risques qui pèsent sur les infrastructures pétrolières de la région, les pays privilégient de plus en plus leur propre approvisionnement intérieur.
La Chine a ainsi demandé à ses principaux raffineurs de suspendre leurs exportations de gazole et d’essence, selon l’agence Bloomberg. Pour prévenir d’éventuelles pénuries, le gouvernement américain a autorisé jeudi dernier, et pour un mois, la livraison de pétrole russe sous sanction vers l’Inde, alors que le conflit au Moyen-Orient touche directement les approvisionnements de New Delhi.
«Il y a, en mer, des centaines de millions de barils de pétrole russe sous sanctions», a expliqué le secrétaire américain au Trésor sur la chaîne Fox Business, «et en levant les restrictions, le Trésor peut créer de l’offre».
S. Smati
