La loi sur les crimes coloniaux s’inscrit en droite ligne des principes du droit international qui reconnaissent la colonisation comme une atteinte grave aux droits des peuples.
Elle répond à une exigence de justice mémorielle longtemps attendue par un peuple qui a subi 132 ans d’oppression systématique, de dépossession et de violence d’État.
L’adoption par l’Assemblée populaire nationale de la loi sur la criminalisation des crimes coloniaux représente une étape historique dans le long processus de reconnaissance des souffrances endurées par le peuple algérien. Cette initiative législative, saluée par la majorité des Algériens, constitue non pas un acte d’hostilité mais l’exercice légitime de la souveraineté nationale dans la gestion de sa mémoire collective.
Cette loi s’inscrit dans le droit fil des principes du droit international qui reconnaissent la colonisation comme une atteinte grave aux droits des peuples. Elle répond à une exigence de justice mémorielle longtemps attendue par un peuple qui a subi 132 ans d’oppression systématique, de dépossession et de violence d’État.
Une réponse légitime
Contrairement à la réaction française présentant cette loi comme « un obstacle au dialogue », elle constitue au contraire une base nécessaire pour un échange équilibré. L’Algérie ne fait qu’établir par loi ce que les faits historiques ont déjà établi : le système colonial français en Algérie fut une entreprise d’oppression, de spoliation et de négation de l’identité algérienne.
Les gestes symboliques évoqués par la France – reconnaissance de responsabilités dans quelques cas individuels, restitution de quelques restes humains – bien que notables, restent insuffisants face à l’ampleur du traumatisme colonial. Ils s’apparentent trop souvent à une politique de petits pas calculés plutôt qu’à une reconnaissance authentique et complète.
La loi en question comble un vide juridique et moral en offrant un cadre pour contrer les tentatives de réhabilitation du colonialisme qui persistent dans certains discours politiques et médiatiques français. Elle protège la vérité historique contre les révisionnismes et les apologies de la colonisation.
Un droit inaliénable
La réaction française, qui ose qualifier cette loi d’« hostile », révèle une incohérence fondamentale : Paris conteste sole droit de l’Algérie à légiférer sur son propre passé. Cette attitude perpétue la logique paternaliste qui a caractérisé les relations bilatérales depuis l’indépendance.
L’Algérie a parfaitement le droit de définir son rapport à l’histoire coloniale sans devoir solliciter l’approbation de l’ancienne puissance colonisatrice. Le travail mémoriel n’est pas négociable et ne saurait être conditionné par des considérations de politique étrangère ou des intérêts sécuritaires français.
La création de la commission mixte d’historiens, présentée comme un progrès, ne doit pas servir à diluer ou relativiser la réalité du crime colonial.
La recherche historique ne peut s’effectuer sur un pied d’égalité factice quand les archives restent partiellement inaccessibles en France et quand le débat scientifique en France est encore entravé par des tabous politiques.
Cette initiative législative intervient dans un contexte où plusieurs anciennes puissances coloniales en Europe connaissent des tentatives de réhabilitation de leur passé colonial. Face à cette tendance inquiétante, l’Algérie prend ses responsabilités en affirmant clairement sa position.
Plutôt que de « saper le processus » de dialogue comme le prétend Paris, cette loi crée les conditions d’un dialogue plus franc et plus équitable. Elle établit clairement la position algérienne et évite les ambiguïtés qui ont trop souvent servi à maintenir un statu quo défavorable à la reconnaissance pleine et entière des crimes coloniaux.
Vers une relation rééquilibrée
L’Algérie rejette l’approche utilitariste de la France, qui conditionne implicitement la coopération technique (migratoire, sécuritaire) à un silence ou à un compromis sur la mémoire coloniale. Une relation bilatérale saine ne peut reposer sur ce type de chantage.
L’Algérie affirme que toute coopération efficace et durable doit être précédée et fondée sur un règlement sincère du passif historique. La confiance mutuelle ne peut se construire sur le déni ou la minimisation des crimes coloniaux, mais exige au préalable une pleine reconnaissance de cette histoire et des souffrances qu’elle a causées.
La visite annoncée du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, pourra se dérouler dans de bonnes conditions si la France accepte d’aborder les relations bilatérales dans leur globalité, sans chercher à isoler les questions techniques des dimensions historiques et mémorielles. L’Algérie est prête au dialogue, mais un dialogue qui ne fasse pas l’impasse sur les questions fondamentales.
L’Algérie refuse que la coopération technique (migratoire, sécuritaire) soit conditionnée par des considérations mémorielles ou utilisée comme levier de pression. Elle exige une relation fondée sur le respect mutuel et non sur un « chantage implicite »
Assia M.
