« L’Algérie ne peut plus gérer son avenir économique avec des outils du passé. La loi de Finances 2026 doit devenir un levier de transformation profonde, fondé sur l’investissement, l’innovation et l’anticipation, et non un simple exercice comptable ».
C’est dans cet esprit que s’est tenue, hier, la conférence mensuelle de décembre de la Fondation algérienne pour l’Industrie du Futur, sous la supervision de Bachir Messaitfa, ancien ministre de la Prospective et des Statistiques et président de la Fondation.
Placée sous le thème « La loi de finances 2026 : lecture analytique et vision prospective », la rencontre a réuni plusieurs experts en économie ainsi que des représentants d’institutions, d’organisations et d’associations, dans un contexte marqué par les profondes mutations que connaît l’économie.
L’absence d’un marché financier structuré
Dans son intervention, Bachir Messaitfa a donné à la rencontre une portée stratégique, dressant un diagnostic sans complaisance de la situation financière de l’État.
Il a indiqué que l’Algérie est aujourd’hui endettée à hauteur de 17 000 milliards de dinars, une dette constituée principalement d’engagements envers les particuliers. Abordant les modes de financement, il a mis en garde contre le recours à la création monétaire, jugée inadaptée au contexte national en raison de l’étroitesse de l’économie et de ses effets inflationnistes.
Il a souligné que l’absence d’un marché financier structuré demeure un frein majeur au financement de l’économie réelle, plaidant pour le développement du marché boursier, l’ouverture aux sukuk islamiques et un meilleur accès des PME à la Bourse. Il a également insisté sur la nécessité de libéraliser le secteur du tourisme, dont les recettes, estimées à 800 millions de dollars, restent très en deçà du potentiel national.
Repenser les aides
Sur le plan social, Bachir Messaitfa a estimé que certaines politiques publiques, notamment l’allocation chômage, pourraient être repensées à moyen terme et réorientées vers un fonds d’investissement dédié aux jeunes porteurs de projets, afin de transformer la dépense sociale en levier de création de valeur et d’emplois durables.
Il a aussi appelé à une meilleure régulation de la fonction publique et à la création d’entreprises capables d’absorber les jeunes diplômés.
Dans une approche de réforme globale, il a recommandé la création, au sein du ministère des Finances, d’une cellule de veille financière chargée de l’innovation fiscale, du rétablissement des équilibres financiers de l’État et de l’élaboration d’une loi de finances prospective à long terme.
Il a également insisté sur l’encadrement de la zakat comme instrument de financement et de création d’emplois, tout en soulignant que la réussite de la transition économique passe par la numérisation et l’intégration de l’intelligence artificielle dans tous les secteurs.
Les retards du secteur industriel
Intervenant, Abderahmane Hadef, expert en relations économiques a rappelé que l’Algérie est engagée dans une transformation économique majeure, visant à passer d’un modèle largement dépendant des hydrocarbures à une économie diversifiée, créatrice de richesse et d’emplois à l’horizon 2030-2035.
Il a souligné que la réforme des finances publiques, engagée en 2018 et consolidée par la loi organique 18-15, vise à moderniser la gestion budgétaire, renforcer la transparence et instaurer une programmation budgétaire à moyen terme.
Abordant le secteur industriel, il a relevé que sa contribution actuelle à l’économie nationale ne dépasse pas 5 %, un niveau jugé insuffisant au regard de son rôle historique, où il représentait 15 % du PIB, atteignant même 18 % en 1988. L’objectif affiché est de ramener cette contribution à au moins 15 % du PIB, condition essentielle à une croissance durable.
Maîtrise du déficit budgétaire
S’agissant de la numérisation, il a estimé qu’aucune économie performante ne peut se développer sans une économie numérique solide. Il a rappelé que 90 % de la croissance aux États-Unis et 42 % en Chine proviennent de l’économie numérique.
Selon lui, l’Algérie dispose d’atouts importants encore insuffisamment exploités, notamment dans le domaine de l’énergie, où sa compétitivité dans le gaz serait 27 fois supérieure à celle de plusieurs économies européennes, ainsi que dans le capital humain, avec près de 300 000 diplômés universitaires par an, dont 30 % dans les filières technologiques, un potentiel appelé à être davantage valorisé.
Enfin, l’expert a estimé que la loi de finances 2026, marquée par un budget dépassant 17 000 milliards de dinars (environ 37 milliards de dollars), constitue un outil déterminant pour accompagner cette transition. Si l’ampleur des dépenses suscite des interrogations, elle demeure, selon lui, indispensable pour permettre à l’Algérie d’aspirer au statut de pays émergent, à condition que le déficit budgétaire soit maîtrisé à travers des mécanismes institutionnels efficaces, conformément aux orientations de la loi organique 18-15.
K.Z.
