Face à la recrudescence des logiciels espions ciblant des responsables politiques, des journalistes et des citoyens à l’échelle mondiale, l’Algérie a saisi l’ONU pour dénoncer ces pratiques et rappeler l’importance d’un cadre international renforcé pour la protection des données personnelles et le respect de la vie privée.
L’Algérie a exprimé, devant les Nations unies, sa vive préoccupation face à l’utilisation par certains États de logiciels espions visant des citoyens et des responsables politiques, tout en réaffirmant sa volonté de renforcer le cadre juridique national relatif à la protection des données personnelles.
Lors d’un dialogue interactif avec la rapporteuse spéciale des Nations unies sur le droit à la vie privée dans le cadre des travaux du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, la mission permanente de l’Algérie auprès de l’Office des Nations unies à Genève a évoqué les défis croissants liés à la protection et à la sécurisation des données personnelles dans un contexte de transformation numérique accélérée et de circulation massive des données à l’échelle internationale, soulevant la question de la protection des données personnelles.
Dans son intervention, la délégation algérienne a exprimé sa «profonde préoccupation» face au recours croissant par certains États à des programmes d’espionnage numérique visant des personnalités politiques, des parlementaires et des journalistes à l’étranger. Elle s’est interrogée sur l’efficacité du cadre juridique international régissant la collecte et la circulation transfrontalière des informations pour prévenir de telles pratiques et garantir le respect du droit à la vie privée.
Appel à un cadre juridique international
La mission a souligné que l’absence d’un cadre juridique international clair encadrant la collecte et le transfert transfrontalier des données personnelles constitue un défi majeur pour la protection de la vie privée, dans un contexte marqué par l’accélération de la transformation numérique et l’intensification des flux de données entre les États.
Dans ce sens, l’Algérie a appelé au renforcement de la coopération internationale et à l’adoption de règles juridiques communes afin de protéger les individus contre l’utilisation illégale de leurs données personnelles ou leur exploitation dans des opérations d’espionnage transfrontalières.
Mesures nationales de protection des données
L’Algérie a rappelé les mesures adoptées au niveau national pour sécuriser les données personnelles. La loi n°18-07 de 2018 établit les fondements juridiques de la protection des données à caractère personnel et a permis la création de l’Autorité nationale de protection des données à caractère personnel, chargée de réguler et de superviser ce secteur.
En 2025, l’Algérie a également promulgué la loi n°25-11, visant à renforcer l’encadrement du transfert international des données et à étendre la protection à certaines opérations spécialisées, en réponse à l’évolution rapide du numérique.
L’affaire Pegasus relancée
La prise de position de l’Algérie intervient dans un contexte marqué par la polémique internationale suscitée par le logiciel espion Pegasus. Des enquêtes journalistiques et des organisations de défense des droits humains avaient révélé en 2021 son utilisation pour cibler des responsables politiques et des journalistes dans plusieurs pays, dont l’Algérie.
Selon des investigations médiatiques, notamment celles publiées par le quotidien français Le Monde, des dizaines de numéros de téléphone algériens, appartenant à des responsables politiques, des diplomates et des journalistes, auraient été ciblés dans le cadre de ces opérations d’espionnage, notamment l’ancien diplomate et ministre Abdelaziz Rahabi.
Enquête judiciaire et position officielle
À la suite de ces révélations, le parquet près le tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, a ouvert une enquête préliminaire afin de déterminer si des citoyens et des responsables algériens ont été victimes d’espionnage. Les faits potentiels pourraient relever de crimes graves, incluant la collecte d’informations au profit d’un État étranger, l’accès illégal à des systèmes informatiques et l’atteinte au secret des communications.
Le ministère des Affaires étrangères a dénoncé une utilisation massive de Pegasus contre les citoyens et responsables algériens, qualifiant ces pratiques d’atteinte systématique aux droits humains et aux libertés fondamentales, ainsi que de violation des principes régissant les relations internationales.
L’Algérie se réserve le droit de prendre les mesures appropriées et affirme sa disposition à participer à tout effort international visant à établir la vérité sur ces pratiques, qui constituent, selon elle, une menace pour la sécurité humaine et la stabilité internationale.
Dans un contexte de transformation rapide du numérique, l’Algérie affirme sa volonté de poursuivre le renforcement de son dispositif juridique et institutionnel afin de mieux protéger les données personnelles et de garantir un équilibre entre le développement technologique et le respect des droits fondamentaux, notamment le droit à la vie privée.
Synthèse Smail R.
