L’alternance au poste de Secrétaire général de la Ligue des Etats arabes est devenue une revendication récurrente à l’approche de chaque nouveau mandat. L’Égyptien Ahmed Aboul Gheït entame sa dernière année en tant que Secrétaire général de la Ligue des États arabes, et devrait quitter ses fonctions en juin prochain. Aussi la «bombe» lancée par le journaliste et parlementaire égyptien Mostafa Bakry concernant l’éventuelle prise d’un poste important par le Premier ministre Mostafa Madbouly a ravivé les débats sur certaines crises latentes au sein de la Ligue arabe. Le poste en question serait celui de Secrétaire général de la Ligue, en remplacement d’Ahmed Aboul Gheit, dont le mandat prendra fin en juin de l’année prochaine. Bien qu’elles ne soient que de simples spéculations, ces rumeurs soulèvent des interrogations sur la fonction de Secrétaire général, monopolisée par l’Égypte depuis de nombreuses années, en tant que pays hôte. L’Égypte refuse de faire dans l’alternance.
Pourquoi, par exemple, ne pas envisager un secrétaire général issu du Golfe, étant donné l’influence croissante des pays du Golfe au niveau régional et international ? Ou un représentant du Maghreb, comme ce fut le cas lorsque le siège de la Ligue avait été transféré à Tunis en 1979, suite à la signature des accords de paix entre l’Égypte et l’entité sioniste, et à l’exclusion de l’Égypte de la Ligue, qui avait conduit à la nomination du Tunisien Chedli Klibi au poste de secrétaire général, avant d’être rétabli au Caire en octobre 1990.
Il est de tradition que le choix du Secrétaire général se fasse par consensus entre les États arabes, et le prochain sommet des ministres des Affaires étrangères, en mars, devrait être l’occasion d’officialiser le successeur d’Aboul Gheït. Si pour certains, ce débat semble prématuré, en réalité, la dernière année de mandat est toujours propice aux spéculations et aux prédictions. D’autant que la question de savoir pourquoi l’Égypte monopolise-t-elle ce poste, alors qu’aucun texte de la Charte de la Ligue arabe ne lui accorde ce droit, demeure d’actualité. Une hégémonie, autrefois justifiée par le rôle central de l’Égypte dans le système régional arabe, un rôle aujourd’hui en déclin, dans un contexte de mutations profondes dans la région ayant affaibli l’influence du Caire au profit d’autres capitales plus actives. Alors que la proposition de Madbouly, un ingénieur de formation loin d’être issu de la diplomatie traditionnelle égyptienne et n’ayant nullement exercé au ministère des Affaires étrangères, est perçu comme une volonté de l’Égypte de s’accaparer ce poste sans même exiger de qualification. Certes, un débat stérile tant le titulaire du poste n’a pas un impact significatif sur l’action arabe commune, la Ligue ayant perdu son efficacité en tant qu’institution régionale. Néanmoins, des sources égyptiennes indiquent que l’Algérie, l’Arabie saoudite et d’autres pays arabes ont exprimé leur volonté de proposer des candidats pour succéder à Aboul Gheït.
En effet, l’Algérie plaide depuis des années pour une réforme globale des structures et mécanismes de la Ligue arabe. Elle a déjà proposé que le poste de Secrétaire général ne soit plus réservé uniquement au pays hôte (l’Égypte), mais soit attribué de manière tournante, avec l’élection de Secrétaires généraux adjoints, afin d’insuffler une nouvelle dynamique au fonctionnement de la Ligue, à l’image de l’Union européenne, le Conseil de coopération du Golfe ou l’Union africaine.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a réaffirmé, dans une allocution adressée aux participants aux travaux de la 34e session ordinaire du Sommet arabe tenu dans la capitale irakienne Bagdad, l’impératif de réformer la Ligue arabe. A l’occasion, l’Algérie a présenté une vision de réforme et de modernisation de la Ligue des États arabes, pour mieux faire face aux nouveaux défis, aux tensions géopolitiques mondiales, et à leurs répercussions sur le monde arabe politiquement, économiquement et socialement.
Synthèse Badis B.