L’objectif de la nouvelle législation européenne serait de réduire la dépendance aux importations et de sécuriser l’approvisionnement en métaux stratégiques.
Les batteries au lithium sont devenues l’un des piliers invisibles de la révolution énergétique actuelle. Elles alimentent nos téléphones, nos voitures électriques, et de plus en plus nos maisons via le stockage d’énergie solaire. À mesure que les pays cherchent à réduire leur dépendance aux énergies fossiles, la demande mondiale pour ces batteries explose. Dans ce contexte, l’Algérie a décidé de franchir une étape décisive en produisant ses propres batteries. Pour ce faire, l’Etat a décidé de miser sur des ressources locales et un savoir-faire scientifique national avéré, notamment, à travers une collaboration entre la Sonarem, bras minier de l’État, et le professeur Karim Zaghib, figure reconnue dans le domaine des batteries. Un projet à même de marquer un tournant pour l’Algérie, souvent cantonnée à l’exportation de ses matières premières. Si d’un point de vue économique, cette démarche permettrait de générer des emplois qualifiés, de dynamiser des zones industrielles locales et de former une nouvelle génération de techniciens et d’ingénieurs, d’un point de vue stratégique, elle positionnerait l’Algérie sur un créneau d’avenir, aligné avec les exigences climatiques et les évolutions du marché mondial. L’Algérie détient d’importantes réserves de ce minerai, son exploitation stratégique pourrait avoir un impact fort sur l’industrie automobile mondiale. Sa transformation locale pourrait en effet réduire la dépendance du pays aux importations et permettre l’exportation des ressources de valeur. Le lithium algérien pourrait également être intégré dans des chaînes de valeur mondiales de plus en plus axées sur la transition énergétique, une démarche qui renforcerait la position de l’Algérie sur le marché global
Une démarche appelée à redessiner l’ordre mondial en la matière. Cette démarche dérange. Trois jours près l’intervention télévisée de Karim Zaghib, au cours de laquelle il a dévoilé de nouveaux détails sur le projet national de développement de batteries lithium-fer-phosphate (LFP), l’Union européenne est sortie de sa léthargie. Dans un nouveau règlement, l’Union européenne, trop dépendante de l’étranger, tente de muscler son jeu en rendant obligatoire, à partir du 18 août en cours, le recyclage des batteries électriques. Cette mesure, selon le document, concerne toutes les batteries de véhicules, qu’il s’agisse de voitures, de vélos ou de trottinettes, mais aussi celles utilisées dans d’autres usages du quotidien. Les entreprises sont maintenant obligées de garantir le recyclage de toutes les batteries et non plus seulement les petites batteries, celles de moins de 5 kg. En imposant ce recyclage, Bruxelles entend réduire la dépendance aux pays fournisseurs de matières premières comme le lithium, le cobalt ou le nickel, et renforcer, soit disant, une souveraineté industrielle encore fragile. Le recyclage obligatoire des batteries ne se limite pas à un geste pour la planète : il s’agit avant tout d’une stratégie économique et géopolitique. Une démarche sur initiative de la France.
Privilégier les entreprises européennes et françaises
A cet égard, Emmanuel Toussaint Dauvergne, directeur de Batribox, l’éco-organisme français chargé de récolter les batteries usagées, avance que le recyclage des batteries «est un enjeu écologique, mais aussi un défi économique», révélant l’existence d’une «volonté de maintenir les métaux stratégiques en France et en Europe. Si l’État français a l’ambition de promouvoir les batteries, il faut qu’il puisse être en mesure de les produire ou de les faire produire en Europe. Pour cela, il faut qu’il puisse détenir les métaux indispensables à leur conception». Ainsi, le voile est levé. Pas question pour les autres pays de développer leurs industries. Le mieux pour eux est d’exporter leurs matières premières en l’état brut.
En effet, la nouvelle législation européenne prévoit que, d’ici à 2030, un quart des métaux critiques soient issus de matières recyclées en Europe. Particulièrement dépendante aux métaux stratégiques importés massivement de Chine (antimoine, terres rares, tungstène, graphite et silicium métal, entre autres) mais aussi du Chili (cuivre et lithium) ou de République démocratique du Congo (cobalt) par exemple, l’Union européenne impose aux recycleurs d’extraire des batteries usagées, d’ici à 2027, 90% de leur cobalt, leur cuivre, leur plomb et leur nickel et 50% de leur lithium.
Synthèse Badis B.
