Par Samir MÉHALLA
L’affaire des visas palestiniens à l’ONU révèle une fois de plus la lâcheté chronique de l’Europe. Les États-Unis refusent l’entrée d’une délégation à une enceinte internationale, piétinant l’extraterritorialité du droit ? Qu’importe, l’UE baisse les yeux, marmonne quelques formules creuses, puis s’abandonne au silence complice.
Donald Trump décide, Benyamin Netanyahou applaudit et Bruxelles se tait. Mahmoud Abbas, qui a sacrifié une carrière entière à la quête du compromis, se voit humilié. Les radicaux s’en frottent les mains, les modérés sont broyés. Résultat : Washington et Tel-Aviv nourrissent sciemment le chaos, pendant que l’Europe, tremblante, s’enferme dans sa posture de spectatrice paralysée.
On nous avait promis une “Europe puissance”. Quelle farce ! Chaque crise le démontre : l’Union n’est qu’un nain diplomatique qui se cache derrière l’ombre américaine. Les belles envolées sur la démocratie et les droits de l’Homme s’éteignent dès que Washington hausse le ton. Le double standard n’est plus un soupçon : il est la règle.
En 1988, François Mitterrand avait osé braver Ronald Reagan en défendant la présence de Yasser Arafat à l’ONU. Aujourd’hui, ses héritiers se contentent de bavarder, incapables de lever la voix. Prisonniers de leur dépendance stratégique, ils applaudissent l’OTAN et abandonnent le multilatéralisme.
À force de reculs, l’Europe est devenue ce qu’elle redoutait le plus : une entité de papier, impuissante et sans honneur. L’affaire des visas n’est pas une anecdote bureaucratique, mais un miroir cruel : celui d’un continent qui s’efface devant les puissants et trahit ses propres valeurs.
Comme l’avait prévenu Winston Churchill : «Un peuple qui est prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux.» L’Europe, à force de renoncements, perd tout : sa liberté, sa crédibilité et son âme.
S.M.
