La récente publication par Emmanuel Macron d’une lettre adressée à son propre Premier ministre, François Bayrou, a de quoi surprendre, sinon consterner. Rendue publique alors même que les voies diplomatiques restent formellement ouvertes entre Paris et Alger, cette initiative soulève plusieurs questions sur son opportunité, sa légitimité, et surtout sa finalité. Car enfin, à quoi rime une telle mise en scène ? Une lettre censée être interne à l’exécutif français, publiée aux yeux de tous, en pleine période de tensions larvées, semble relever moins de la diplomatie que d’une opération de communication interne. Une affaire purement franco-française.
D’ailleurs, cette sortie embarrasse bien plus son propre Premier ministre qu’elle n’affecte réellement la partie algérienne. En exposant sur la place publique une missive adressée à Bayrou, Macron ne cherche pas tant à interpeller Alger qu’à se dédouaner à bon compte des tensions récentes et à détourner l’attention de ses difficultés politiques internes. En somme, il jette la pierre à son propre gouvernement, dans une posture qui sonne faux et qui révèle une fin de règne de plus en plus fébrile.
Il serait donc vain et même contre-productif, de réagir avec émotion ou virulence. La véritable réponse, la plus intelligente et la plus stratégique, est de ne pas réagir du tout. La partie algérienne n’a pas à s’immiscer dans ce qui relève clairement d’un problème de gouvernance interne en France. Cette lettre ne s’adresse pas à l’Algérie. Elle n’a pas à lui répondre. Elle s’adresse à Bayrou. Et à ce titre, elle ne mérite ni commentaire officiel ni déclaration indignée.
L’Algérie, de son côté, a déjà pris des mesures concrètes et souveraines. Depuis la directive du 23 mars 2025, les officiels algériens ne transitent plus par la France. Les échanges institutionnels sont gelés. Les affaires étrangères algériennes traitent désormais avec d’autres partenaires, dans un cadre redéfini et assumé. Il n’est nul besoin d’en rajouter.
Mieux encore, la visite officielle du président Abdelmadjid Tebboune en Allemagne, prévue prochainement, marquera une réponse diplomatique silencieuse, mais éloquente. En poursuivant son agenda international sans céder à la provocation ni à l’agitation médiatique, l’Algérie démontre qu’elle a pris de la hauteur et qu’elle privilégie les relations constructives et respectueuses.
En définitive, cette lettre de Macron n’est qu’un écho des turbulences politiques françaises. L’ignorer, c’est refuser d’entrer dans le jeu des postures et des symboles creux. C’est affirmer que la dignité de la diplomatie algérienne se situe au-dessus des querelles politiciennes d’un président en perte de vitesse.
À chacun ses responsabilités, à chacun ses priorités.
Par K. Bouhebaka
