Reporter sans frontières (RSF) tire la sonnette d’alarme : partout en Europe, les médias publics et de service public font face à un climat de méfiance et de pression croissante, qu’elle soit politique ou financière.
Dans son dernier rapport, l’organisation met en lumière une tendance inquiétante qui pourrait fragiliser l’indépendance journalistique et, par ricochet, la vitalité démocratique du continent.
Certaines évolutions positives existent : la Tchéquie, entrée cette année pour la première fois dans le top 10 mondial de la liberté de la presse, a consolidé le financement de son audiovisuel public en l’indexant sur l’inflation. En Suède et aux Pays-Bas, les structures publiques restent robustes. Mais ces exemples font figure d’exception : dans la majorité des pays, de la Hongrie à l’Italie, en passant par la Slovaquie, la pression politique et les tentatives de contrôle éditorial s’intensifient.
La menace des coupes financières
Le point critique se situe dans le financement. RSF souligne qu’une réduction massive, voire la suppression des redevances audiovisuelles, ouvrirait la porte à une plus grande politisation et réduirait drastiquement l’indépendance éditoriale. «De telles brèches budgétaires constituent un terrain fertile pour l’ingérence politique», prévient Valentin Rubin, interrogé dans le rapport.
En Suisse, le débat est particulièrement sensible avec la “Halbierungsinitiative”, qui vise à réduire de moitié la redevance de la SSR. Pour RSF, une adoption de cette initiative enverrait «un signal désastreux» à l’échelle européenne : les adversaires de l’audiovisuel public en Allemagne, en France ou au Royaume-Uni pourraient y voir un encouragement.
Le rapport note toutefois que le système helvétique limite le risque d’ingérence : sur les neuf membres du conseil d’administration de la SSR, seuls deux sont nommés par le Conseil fédéral. Mais RSF insiste : toute remise en cause du financement stable et prévisible constituerait un affaiblissement de la presse indépendante.
Un enjeu démocratique
Pour RSF, le danger dépasse la seule question des médias. Affaiblir l’audiovisuel public, c’est fragiliser la capacité des citoyens à accéder à une information diversifiée et de qualité, indispensable à la prise de décision démocratique. «Sans médias forts, ancrés dans les régions et accessibles à tous, le débat public perd en richesse et en crédibilité», rappelle l’organisation.
RSF n’exclut pas de s’engager directement dans la campagne référendaire en Suisse, mais temporise : «Nous déciderons de la manière dont nous porterons nos arguments en temps voulu.»
Synthèse S. M.
