À l’approche des élections législatives prévues le 2 juillet prochain, le président par intérim de l’Autorité nationale indépendante des élections (Anie), Karim Khelfane, a affiché un discours résolument rassurant quant au bon déroulement des préparatifs.
Lors de son intervention au forum d’El Moudjahid, il a indiqué que l’Anie, en tant qu’institution constitutionnelle permanente, a anticipé cette échéance bien avant la convocation du corps électoral par le président de la République, intervenue le 4 avril. «Nous sommes prêts à organiser tout scrutin à tout moment», a-t-il souligné, rappelant que des opérations de révision des listes électorales avaient déjà été menées dès octobre 2025.
Concernant le processus de retrait des formulaires de candidature et la légalisation des signatures, le premier responsable de l’Anie a indiqué que l’ensemble des formations politiques en règle ont déjà entamé ces démarches à travers toutes les wilayas ainsi qu’à l’étranger. «L’opération se déroule le plus normalement du monde», a-t-il insisté, précisant que le centre de données de l’Anie permet un suivi en temps réel de toutes les opérations.
Pour les demandes formulées par certains partis visant à prolonger les délais de légalisation des signatures, le responsable a expliqué que «les délais doivent être respectés». Rappelant que la date limite de dépôt des dossiers est fixée au 18 mai, il a souligné l’interdépendance des différentes étapes du processus électoral, excluant toute possibilité de modification du calendrier.
Un fichier électoral en progression
Chiffres à l’appui, le responsable a mis en avant l’évolution du corps électoral. Celui-ci est passé de 24,35 millions d’électeurs avant la révision ordinaire à plus de 24,5 millions après actualisation. La communauté nationale établie à l’étranger représente une part significative, avec près de 870 000 inscrits.
La révision exceptionnelle des listes électorales, ouverte du 12 au 26 avril, permet notamment l’inscription des nouveaux électeurs ayant atteint 18 ans entre la date de convocation et celle du scrutin. Elle offre également la possibilité de corriger des erreurs administratives ou de mettre à jour les situations liées aux changements de résidence ou aux radiations.
Dans ce cadre, l’Anie a mis en place une plateforme numérique permettant aux citoyens de vérifier leur inscription, de corriger leurs données ou d’effectuer une première inscription à distance. «En quelques clics, chacun peut s’assurer de sa situation électorale», a expliqué Karim Khelfane, insistant sur l’importance de cette étape, qu’il qualifie
«d’acte fondamental de citoyenneté».
La diaspora pleinement associée
Une attention particulière est accordée aux Algériens résidant à l’étranger. Répartis à travers 117 missions diplomatiques et consulaires, ces derniers peuvent accomplir leurs démarches dans les mêmes conditions que sur le territoire national. L’Anie travaille en coordination étroite avec le ministère des Affaires étrangères pour suivre quotidiennement les opérations et répondre aux préoccupations de la diaspora.
Selon lui, la révision exceptionnelle des listes électorales suscite un intérêt notable, notamment au sein de la diaspora. Le président par intérim de l’Anie a évoqué un «engouement» marqué à l’étranger, où les représentations diplomatiques et consulaires font face à une forte affluence. Il a rappelé que le taux de participation à l’étranger lors de la dernière présidentielle avait atteint près de 20%.
Recentrée sur ses missions
Abordant les réformes récentes, le Dr Khelfane a précisé que l’Anie conserve pleinement ses prérogatives en matière d’organisation, de supervision et de contrôle des élections. Les ajustements opérés concernent principalement la répartition des tâches, le volet logistique étant désormais pris en charge par le ministère de l’Intérieur.
«L’Anie demeure un segment de l’architecture institutionnelle de l’État», a-t-il affirmé, soulignant l’importance de la coordination avec les différentes institutions, notamment la justice, les services de sécurité et la Cour constitutionnelle.
Sur le plan institutionnel, Karim Khelfane est revenu sur les ajustements techniques récents apportés à la Constitution. Ceux-ci, selon lui, permettent une meilleure efficacité de l’Anie en la déchargeant des aspects logistiques, désormais confiés au ministère de l’Intérieur.
«Cela nous libère d’un poids important et nous permet de nous concentrer pleinement sur nos missions essentielles : organiser, superviser et contrôler les élections», a-t-il expliqué.
Cap sur l’éthique électorale
Sur la question du «nomadisme politique», le responsable a inscrit l’action de l’Anie dans la continuité des orientations de l’État depuis 2019, axées sur la moralisation de la vie publique. Il a rappelé que des règles strictes ont déjà été appliquées lors du renouvellement partiel du Conseil de la nation, constituant une jurisprudence désormais assumée.
Concernant la représentation des femmes sur les listes électorales, Karim Khelfane a tenu à clarifier que l’exemption de la règle du tiers ne signifie pas leur absence. Il a appelé les partis à garantir une présence féminine effective, rappelant les précédents scrutins.
Enfin, abordant la question du vote électronique, le président par intérim de l’Anie a plaidé pour une approche progressive et prudente. S’il a confirmé l’engagement de l’Autorité dans la numérisation du processus électoral, il a mis en garde contre les risques d’ingérences étrangères et de vulnérabilités. «Nous irons vers le vote électronique, mais progressivement et de manière convaincante», a-t-il conclu.
I. Khermane
