La dernière une du torchon, Le Point, n’a rien d’un hasard journalistique. C’est une commande politique, mûrement calculée, qui s’inscrit dans une conjoncture où Paris, humiliée au Sahel et supplantée en Méditerranée par Rome, tente de sauver les miettes de son influence.
Paris perd mains et pieds. En perdant aussi la tête, Paris cherche des âmes proposées aux rabais à acheter. Qui mieux-mieux, prix soldé que Kamel Daoud ?
Et, comme toujours lorsque la France recule, la France ressort son arme la plus ancienne : diviser pour tenter d’affaiblir.
Kamel Daoud, plume passée des cercles islamistes de jeunesse aux salons feutrés de la presse parisienne, s’y prête avec à bon cœur, offrant aux français moyenâgeux le spectacle attendu d’un Algérien qui écorche son propre pays. La France prend son pied !
Mais !
Posons-nous la question : si Alger et Paris entretenaient aujourd’hui des relations apaisées et solides, Le Point, ce magazine au pedigree raciste, colonial et aux unes stigmatisantes, aurait-il osé publier une telle couverture et un tel brûlot ?
La réponse, évidente, est non.
Paris perd l’Algérie au profit de Rome
Sur l’échiquier méditerranéen, Rome avance là où Paris recule. Nous l’avons déjà dit dans Crésus. L’Italie tisse avec Alger des accords stratégiques, consolide des partenariats industriels et affiche une coopération respectueuse. La France, elle, voit son influence fondre comme neige au soleil. Après le Mali, le Niger et le Burkina, voici que l’Algérie lui échappe.
Et dans ce contexte de recul géopolitique, quoi de plus commode que de rallumer la flamme des divisions internes, en exhumant la vieille fracture fantasmée entre Arabes et Kabyles ?
De l’islamisme militant au rôle de caution occidentale
Mais, cet individu, renégat et sale, pourrait-il être propre et crédible ?
L’ironie est cruelle. L’homme qui, dans sa jeunesse, fréquentait les cercles islamistes, se pose aujourd’hui en grand pourfendeur de cette idéologie — posture bien rémunératrice dans les médias français. Sa reconversion n’est pas qu’une évolution personnelle : elle répond aux attentes d’un lectorat occidental friand de voix «authentiques» validant ses préjugés.
Sa tribune dans le torchon raciste en question ne s’inscrit pas dans le champ d’un quelconque débat national, mais dans celui d’une mise en scène à usage extérieur, calibrée pour conforter le récit français d’une Algérie fragilisée.
La réalité l’amazighité ? Parlons-en !
Contrairement aux insinuations du texte, l’amazighité n’est pas marginalisée, elle est constitutionnalisée. Depuis 2016, la langue amazighe est langue nationale et officielle de l’État algérien. C’est le sommet de la reconnaissance institutionnelle. Et cette reconnaissance est défendue par la loi : quiconque y porte atteinte s’expose à des poursuites.
L’affaire du professeur Belghit, condamné pour avoir offensé ce statut, en est la preuve tangible : la République ne transige pas avec l’unité de ses composantes identitaires.
Parler de marginalisation kabyle est une contre-vérité. Les Kabyles sont partout au cœur du pouvoir algérien : ministres de souveraineté, premiers ministres, officiers supérieurs de l’ANP, hauts fonctionnaires, diplomates, conseillers stratégiques… Loin d’être relégués, ils constituent une part essentielle de l’architecture étatique.
La vérité est simple : la Kabylie n’est pas en marge, elle est un pilier.
Les figures kabyles qui ont façonné l’histoire nationale ont toujours défendu l’unité :
Abane Ramdane, l’un des architectes de la Révolution :
«L’Algérie que nous libérons sera algérienne et rien d’autre. Ni province arabe, ni enclave berbère : une nation.»
Didouche Mourad, héros du 1er novembre, mort à 28 ans :
«Si nous mourons, défendez la patrie, toute entière, jusqu’à son dernier souffle.»
Moufdi Zakaria, poète de l’hymne national, un authentique amazigh :
«Je considère comme étranger à ma patrie quiconque voudrait la diviser.»
Sans oublier les 14 colonels kabyles de la Révolution algérienne.
Sans oublier des icônes comme Ait Ahmed…
Ces paroles, gravées dans notre mémoire collective algérienne, réduisent à néant les manipulations d’aujourd’hui et de demain. Pas moyen !
La vieille méthode coloniale
Ce que fait Le Point n’est que la réédition de la «politique kabyle» du XIXe siècle : isoler, opposer, dresser les uns contre les autres pour mieux régner. Toqueville ressuscité.
Hier, l’administration coloniale parlait de «Kabyles plus évolués que les Arabes» pour semer la discorde.
Aujourd’hui, la presse parisienne recycle le procédé, sous couvert d’analyses culturelles.
Mais l’Algérie de 2025 n’est pas celle de 1880 : notre peuple connaît la manœuvre.
Le navet de Kamel Daoud n’est pas une contribution, c’est un ordre de mission, un acte de service à un agenda étranger. Mais l’Algérie n’a pas bâti son unité dans les salons de Saint-Germain, elle l’a forgée dans les montagnes, les plaines et les maquis, au prix de millions de vies.
Les Algériens, tous sans exception : un seul cœur, un seul destin. Ceux qui tentent de les séparer finiront, comme hier, par s’échouer sur le roc de notre unité.
Assez dit pour qui sait lire !
Samir Mehalla
