En perdant ses contacts et ses collaborateurs au Sahel (Mali, Niger et Burkina Faso), la France mise aujourd’hui sur l’Algérie pour obtenir les renseignements nécessaires dans la lutte antiterroriste. Les récents développements au Mali, ou une insurrection armée menace la capitale, inquiète les différents services de sécurité du pourtour méditerranéen. Les signes de réchauffement entre Alger et Paris, dont les relations sont quasiment à l’arrêt, se sont multipliées ces derniers jours. A l’approche de la prochaine visite à Alger du ministre français de l’Intérieur Laurent Nunez, les émissaires français se succèdent à un rythme effréné en Algérie. Selon le site électronique TSA, une haute responsable française sera bientôt en visite en Algérie.
Le patron des renseignements extérieurs français ( DGSE), Nicolas Lerner, un témoin privilégié de la lutte antiterroriste, a évoqué hier sur les ondes de la radio France Inter des «signaux» venant d’Alger en faveur d’une «reprise du dialogue» avec la France, après plus d’un an d’une profonde crise diplomatique entre les deux pays. «La France y est prête, la France y a toujours été prête», a affirmé le chef de la DGSE. «Aujourd’hui, nous avons des signaux qui viennent de la partie algérienne sur une volonté de reprise du dialogue», a ajouté le directeur des renseignements extérieurs français, évoquant des «signaux à la fois publics et non publics. La France y est prête, la France y a toujours été prête (…), en rappelant ce que sont ses exigences et notamment la libération de nos deux compatriotes», a-t-il ajouté.
Le geste d’Alger
Paris et Alger sont plongés depuis l’été 2024 dans une «crise extrêmement grave, peut-être la crise la plus grave depuis l’indépendance de l’Algérie», en 1962, mais «les canaux [de communication] n’ont jamais été coupés», selon lui. «Nous avons atteint un point extrêmement bas de coopération opérationnelle en matière antiterroriste. Néanmoins, j’ose croire que, grâce aux canaux que nous avons préservés, si les services algériens étaient en capacité de détecter une menace sur le territoire national, ils l’auraient signalé», a jugé Nicolas Lerner. En janvier dernier, la visite du directeur du renseignement extérieur français en Algérie n’a pas donné de résultats concrets. Le voyage semble être resté un simple échange de positions, sans avancée significative.
Selon Le Figaro, la visite de Nicolas Lerner en Algérie intervient alors que «la coopération sécuritaire entre les deux pays est interrompue depuis l’été dernier». «Ce geste traduit la volonté de l’Algérie de maintenir les voies du dialogue ouvertes, malgré les tensions récentes et les accusations mutuelles d’espionnage», ajoute-t-il. En 2015, les services secrets algériens auraient prévenu la France, le 6 janvier dernier, leurs homologues français de l’imminence d’une attaque terroriste sur le territoire français. Selon toujours dans la même année, les autorités françaises ont demandé à l’Algérie, de tenir des «réunions sécuritaires de haut niveau» en vue de faire face aux «cellules djihadistes dormantes» déployées dans les pays européens et affiliées à des groupes terroristes qui s’activent dans la région arabe. La demande française survient après les attentats terroristes qui ont secoué Paris, deux semaines auparavant, selon une source sécuritaire algérienne.
Dépasser la crise bilatérale
Une réunion de haut niveau a même eu lieu entre Paris et Alger en vue de discuter de la menace liée aux activités des cellules terroristes dormantes. La rencontre sécuritaire, qui a eu lieu à Paris, auquel ont pris part des responsables des services algériens de la police, des renseignements et de la défense, permettra d’examiner une éventuelle assistance sécuritaire algérienne lors des enquêtes en cours sur une relation présumée entre les groupes terroristes en Algérie et les cellules dormantes en France. En visite à Alger en 2020, le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a remercié l’Algérie pour sa «coopération continue» en matière de «sécurité et de lutte contre le terrorisme» avec la France.
Après plus d’une année de tension extrême entre les deux pays, la France a été la première à tendre la main à l’Algérie lorsque l’ambassadeur français à Alger, Stéphane Romatet, a participé officiellement au 64e anniversaire du massacre du 17 octobre 1961, sur demande du président Macron, à une cérémonie d’hommage aux victimes. A travers ce geste symbolique, le président Emmanuel Macron tente de relancer un dialogue diplomatique gelé depuis des mois. L’événement se tenait sur le pont de Bezons, près de Paris, un lieu emblématique où de nombreux manifestants algériens, qui protestaient pacifiquement, furent brutalisés, torturés, transférés dans des camps, tués ou jetés dans la Seine par la police française lors de cette journée noire. A travers la présence de son ambassadeur, l’Élysée voulait adresser un double message à Alger : celui de la reconnaissance renouvelée de la gravité des faits historiques et celui de la volonté de dépasser la crise bilatérale actuelle. «La France n’oublie pas ce jour sombre de son histoire», a affirmé l’Élysée, insistant sur la nécessité de sortir de la paralysie diplomatique.
Mahmoud Tadjer
