Le paysage de l’investissement en Afrique connaît une transformation silencieuse mais profonde, révélée par Max Magor Ndiaye, figure clé du Forum Africain de l’Investissement (AIF).
Synthèse Samir MÉHALLA
Dans un entretien accordé à l’Agence Ecofin, Ndiaye dévoile non seulement l’évolution des mentalités des investisseurs mais aussi la recette pragmatique développée par l’AIF pour combler le déficit de financement du Continent. Son constat est éloquent : l’Afrique est désormais perçue comme une terre d’opportunités concrètes, et non plus seulement comme un pari risqué.
Le témoignage le plus frappant de Ndiaye concerne l’évolution spectaculaire de la demande des investisseurs. «Au départ, ils disaient : ‘J’ai besoin de 90% de garantie.’ Puis : ‘Avec 50% de garantie, j’y vais.’ » Aujourd’hui, le paysage a radicalement changé : «Nous voyons des transactions réalisées directement avec les États ou dans des projets spécifiques par des investisseurs non traditionnels.» Cette mutation, souligne-t-il, est directement liée à un changement de perception : «L’Afrique est réellement une terre d’opportunités.» Cette confiance accrue est le fruit d’années d’efforts pour structurer l’offre et démontrer la viabilité des projets.
Cinq piliers pour un forum efficace : Au-delà de l’événementiel
Fort de son expérience à la tête de l’AIF, Ndiaye partage cinq leçons cardinales, véritable feuille de route pour un forum d’investissement efficace sur le Continent :
- La Bancabilité : «Il faut des projets bancables pour attirer des investissements. C’est vraiment la base.» Sans projets solides, structurés et présentant un retour sur investissement clair, aucun flux financier significatif n’est possible. L’AIF met un point d’honneur à filtrer rigoureusement les projets présentés.
- L’Écosystème complet : L’événement doit créer un «networking réel» et réunir tous les maillons de la chaîne : investisseurs bien sûr, mais aussi États (pour la régulation), banques centrales (pour les politiques monétaires), institutions d’assurance et agences de crédit export (pour les mécanismes de garantie). La journée dédiée à ces derniers acteurs illustre cette volonté de créer un écosystème fonctionnel.
- Le Suivi, clé de voûte de la crédibilité : «Il est crucial que l’investisseur ne vienne pas à l’AIF, reparte, et n’ait plus de nouvelles de ses transactions.» L’AIF s’engage activement dans le suivi post-forum, transformant les intentions en contrats signés et en projets lancés. Ce suivi opérationnel est présenté comme un impératif pour maintenir la confiance.
- La présence des décideurs : Attirer les «bonnes personnes», celles qui ont le pouvoir de débloquer des fonds et de prendre des décisions stratégiques, est «extrêmement important». La présence de chefs d’État dans des «boardrooms» pour lever des blocages concrets sur des projets nationaux est citée comme un exemple de ce niveau d’engagement recherché.
- Une vision : L’AIF, le Go-To Event Africain : Ndiaye érige une ambition : faire de l’AIF le forum de référence incontournable («go-to event») pour tout acteur impliqué dans le financement du développement africain.
Des garanties concrètes : Des réalisations, pas des promesses
Face aux attentes des entrepreneurs et investisseurs, Max Magor Ndiaye évite les promesses creuses pour mettre en avant des «réalisations». Il offre trois garanties tangibles aux participants de l’AIF :
- Des projets réels et viables : «Ils trouveront des projets réels, viables et sérieux à financer.» C’est la promesse fondamentale, découlant directement de la rigueur de sélection.
- Les partenaires pour débloquer : «Ils trouveront les partenaires requis pour débloquer et financer ces projets.» L’AIF se positionne comme un carrefour où se rencontrent tous les acteurs nécessaires à la concrétisation d’un projet (financeurs, assureurs, régulateurs, États).
- Des opportunités concrètes : «En fonction de leurs besoins, ils trouveront ce qu’ils cherchent.» L’accent est mis sur l’efficacité transactionnelle et la capacité du forum à répondre aux objectifs spécifiques de chaque participant.
L’ambition en action
La conclusion de Ndiaye résume l’ADN de l’AIF : «L’AIF est le ‘go-to event’ en Afrique, où nous essayons, de manière réelle et pratique, à travers une plateforme transactionnelle, de mettre en œuvre l’ambition de l’Afrique : combler le gap financier pour le financement des infrastructures et réaliser le potentiel africain à travers des projets précis et concrétisés.» Les retours d’expérience, comme celui d’un participant déclarant l’AIF comme «le meilleur forum» jamais fréquenté, confortent cette approche pragmatique.
L’analyse de l’entretien avec Max Magor Ndiaye révèle une double dynamique. D’un côté, la perception des investisseurs évolue favorablement, passant d’une exigence de garanties élevées à une appétence directe pour les opportunités africaines bien structurées. De l’autre, l’AIF s’est construit une méthodologie robuste, fondée sur la bancabilité des projets, la convocation de tout l’écosystème financier et réglementaire, un suivi implacable et la présence des décideurs. Face au colossal défi du financement des infrastructures africaines (estimé à des dizaines de milliards de dollars par an), l’AIF incarne une approche résolument pratique et transactionnelle, loin des discours généraux.
Le pari est clair : transformer la confiance croissante en investissements tangibles et accélérer la réalisation du potentiel économique du Continent. La maturité gagnée par les investisseurs trouve ainsi son écho dans le pragmatisme affûté de ce forum devenu incontournable.
S.M.
