La politique des «petits pas» semble commencer à porter ses fruits.
Les relations entre l’Algérie et la France semblent peu à peu se stabiliser après une longue période de tensions diplomatiques. La politique des «petits pas» semble commencer à porter ses fruits.
De la visite de la délégation du Medef en Algérie, ponctuée par des promesses de relance des investissements et d’une forte implication des entreprises françaises dans le développement industriel, à la coopération consulaire, les deux pays marquent un retour gagnant.
Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a reconnu lors de la séance de questions au gouvernement au Sénat, que le dialogue avec l’Algérie «est exigeant mais nécessaire». Il a ajouté qu’«il y a à peine six mois, nous n’avions aucune relation sécuritaire et migratoire avec l’Algérie». Il a ensuite souligné l’importance de cette relation. «Ma visite en Algérie a permis de réenclencher le dialogue comme seule boussole. Nous avons discuté des dossiers sécuritaire, judiciaire et migratoire. Concernant les OQTF, nous étions au-delà de zéro. Le gouvernement assume totalement cette politique», a-t-il précisé. Laurent Nuñez était en visite à Alger en février pour normaliser les relations bilatérales entre les deux pays. L’Algérie a accepté de reprendre plusieurs dizaines de ses ressortissants que la France souhaitait expulser. Ces expulsions étaient bloquées depuis le printemps 2026 à cause du manque de laissez-passer consulaires, selon une information de Franceinfo. Cela faisait près d’un an que l’Algérie avait suspendu toute expulsion depuis avril 2025, en raison d’un bras de fer diplomatique mené par Bruno Retailleau. Cette évolution intervient après plusieurs mois de fortes tensions, marquées par des désaccords politiques et des blocages sur des dossiers clés. La visite de Laurent Nuñez a permis de rétablir le dialogue opérationnel. Dans les jours suivants, les expulsions ont repris progressivement, avec, par exemple, sept retours vers l’Algérie enregistrés en une journée récente.
L’enjeu de la coopération consulaire
Pour les autorités françaises, l’enjeu principal est de rendre effectives les décisions d’éloignement, qui étaient souvent bloquées faute de coopération consulaire. Côté algérien, cette reprise s’inscrit dans une volonté prudente de normalisation des relations. Elle pourrait ouvrir la voie à un réchauffement plus large, bien que plusieurs points de friction demeurent. En effet, l’Algérie a délivré plusieurs dizaines de laissez-passer consulaires, documents indispensables pour procéder à l’expulsion des Algériens en situation irrégulière. Le 23 avril dernier, sept Algériens, jugés dangereux, ont été renvoyés dans leur pays. Ce sont principalement les personnes sous OQTF et condamnées pour des faits graves que Paris cherche à expulser.
Une stratégie de fermeté et de dialogue
L’entourage du ministre de l’Intérieur se félicite des premiers résultats obtenus. De son côté, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a indiqué que la France pouvait «se faire respecter» par l’Algérie sans rompre le dialogue. En pleine controverse politique déclenchée par des propos du président Macron sur la relation bilatérale, Maud Bregeon a affirmé : «On peut se faire respecter, on peut avoir une démarche de fermeté vis-à-vis d’un État sans pour autant entrer dans une politique de non-contact.» Selon elle, la stratégie de «non-contact», qui consiste en une suspension ou limitation des échanges diplomatiques, «n’a pas porté ses fruits», notamment sur la question des laissez-passer consulaires, dont la délivrance s’est arrêtée pendant plusieurs mois.
Dans ce contexte, l’Exécutif français privilégie une approche combinant «fermeté et maintien du dialogue», tandis que ses opposants, en particulier la droite, plaident pour un «durcissement des positions face à Alger». Ces divergences illustrent les clivages persistants au sein de la politique étrangère et migratoire française.
Ces déclarations surviennent après une séquence politique tendue entre l’Exécutif et la droite. Lundi dernier, lors d’un déplacement en Ariège, Emmanuel Macron avait critiqué «tous les mabouls» prônant une rupture avec Alger, déclenchant des réactions immédiates, notamment de Bruno Retailleau, président du parti Les Républicains. En réponse, le gouvernement français continue de privilégier l’apaisement.
H. Adryen
