L’appel au dialogue lancé il y a quelques jours par le nouveau ministre de l’Intérieur français, Laurent Nuñez, semble être entendu par Alger. Celui-ci indiquait le 24 octobre dernier que la priorité est d’«établir ce canal sécuritaire, très important, évidemment, dans la lutte contre le terrorisme, notamment».
Dans un entretien paru avant-hier dans le quotidien français «Le Parisien», il se dit toutefois voir des «signaux» d’une amélioration des relations franco-algériennes. «Le ministre de l’Intérieur algérien m’a récemment écrit pour m’inviter», annonce-t-il. Ainsi, une visite prochaine à Alger n’est pas à écarter pour discuter des questions sensibles liées à l’aspect sécuritaire, aux demandes de visas et aux derniers développements en rapport avec la dénonciation de l’accord migratoire de 68 par l’Assemblée française.
Laurent Nuñez a même adressé lors de cet entretien un message clair à la classe politique de son pays, mettant en garde contre le recours à la stratégie du «bras de fer» et aux «méthodes brutales» dans les relations avec l’Algérie. Des approches, reconnait-il, vouées à l’échec. Nuñez a souligné que la «ligne dure adoptée par certains responsables politiques français ces derniers mois n’a donné aucun résultat, entraînant au contraire une rupture totale des canaux de communication entre les deux pays, alors même que la France a besoin d’une coopération étroite avec l’Algérie, notamment sur les dossiers de l’immigration, de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme». Le ministre a affirmé que «ceux qui persuadent les Français que le bras de fer et les méthodes dures sont la seule solution se trompent, car cela n’aboutit à rien dans aucun domaine». Une pique à Bruno Retailleua et ses relais. Il a déploré les circonstances dans lesquelles ce vote a eu lieu à l’Assemblée, ajoutant que «la preuve de l’inefficacité de cette approche, c’est la rupture totale du dialogue,aujourd’hui, avec l’Algérie».
Une prise de consience
Le ton plus conciliant de Laurent Nuñez reflète ainsi la prise de conscience à Paris que la coopération avec Alger ne peut reposer que sur un dialogue d’égal à égal et le respect mutuel de la souveraineté. Depuis son entrée au gouvernement, Nuñez insiste sur la nécessité de relancer le dialogue avec Alger, mettant en avant l’importance de la coopération sécuritaire entre les deux nations dans la lutte contre le terrorisme, la criminalité organisée et l’immigration irrégulière. Lors de son passage dans l’émission «Questions politiques» sur France Inter, il a déclaré que «les tensions actuelles avec l’Algérie ont conduit à une rupture des échanges et de la coopération sécuritaire, ce qui constitue un sérieux problème pour un ministre de l’Intérieur. Il est donc essentiel de relancer le dialogue avec Alger».
L’exécutif, en désaccord avec sa propre majorité
Le Premier ministre français, Sébastien Lecornu, a tenté d’en limiter la portée, quelques heures après l’adoption jeudi dernier de l’Assemblée française dénonçant les accords de 68. S’exprimant devant la presse, Lecornu a appelé à «renégocier» le texte qui, selon lui, «appartient à une autre époque». Lecornu a tenu à rappeler que «la convention de 1968 stipule que le président de la République est le garant des traités internationaux, qu’il négocie et les signe», tout en ajoutant que «cela n’empêche pas, bien entendu, le Parlement de les ratifier». En affichant ce rappel, il a cherché à ramener le débat à un cadre juridique.
«Il appartient à une autre époque, à un autre contexte». Il a même insisté sur la nécessité d’une relation fondée sur «nos intérêts de sécurité et économiques. Il faut être pragmatique», dira-il. Même si le locataire de Matignon a rappelé que «la politique étrangère de la France n’est pas faite par des résolutions au Parlement» et qu’au regard de la Constitution, «c’est le président de la République qui est garant des traités», il a ajouté qu’il «respectait» tout de même le vote. Lecornu estime qu’il faut renégocier l’accord avec l’Algérie et Emmanuel Macron est donc aligné. Macron s’est déjà prononcé à ce sujet. Il ne parle pas de dénonciation, mais bien d’une renégociation. Par ailleurs, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a profité de l’accord franco-algérien de 1968 régissant la circulation, le séjour et l’emploi des Algériens en France, pour réaffirmer la volonté de la France de le réviser, car il ne correspond plus aux réalités migratoires contemporaines.
Barrot a précisé que bien que cet accord offre des «facilités administratives», il entrave certaines coopérations (notamment économiques et éducatives). Des discussions bilatérales sont en cours depuis 2022 pour adapter ce cadre juridique aux nouvelles exigences migratoires et économiques.
Mahmoud Tadjer
