Il arrive un moment où la répétition du mensonge ne relève plus de l’erreur, mais de l’obsession pathologique.
Le torchon publié par le site propagandiste Maarif Press, le 6 février dernier sous le titre prétentieux de «Démantèlement de l’hypothèse de l’implication de l’Algérie…», signé par un journaleux escroc et maître chanteur condamné, Fathallah Al-Rifai, n’est pas un accident éditorial. C’est un acte délibéré. Une pièce de goujaterie assumée. Un texte de combat, écrit non pour informer mais pour nuire.
Tout y est : l’insinuation à la place du fait, le soupçon en guise de preuve, la répétition mécanique d’un récit fabriqué dans les arrière-salles idéologiques du Makhzen.
On y retrouve cette vieille antienne maladive : l’Algérie conspiratrice, l’Algérie barbouze, l’Algérie qui tirerait les ficelles du chaos régional. Une obsession si profonde qu’elle en devient un aveu de faiblesse.
Car ce texte ne dit rien sur l’Algérie.
Il dit tout sur ceux qui l’écrivent.
Faire croire que l’État algérien fonctionnerait par un système de sbires, de mercenaires et de mafias sous-traitantes ne relève pas seulement de la caricature, mais aussi de la projection. C’est prêter à l’Algérie les méthodes mêmes du Makhzen : l’opacité, les réseaux parallèles, la confusion entre pouvoir, renseignement et communication sale.
L’Algérie, qu’on le veuille ou non, est un État. Un État dur, structuré, centralisé, qui ne délègue ni sa souveraineté ni sa sécurité à des voyous interposés.
L’auteur ose ensuite instrumentaliser le chaos libyen, comme si l’effondrement de la Libye n’avait pas une origine parfaitement identifiée : l’intervention militaire occidentale de 2011, applaudie, accompagnée, soutenue par ceux-là mêmes qui aujourd’hui cherchent un coupable de substitution. Accuser l’Algérie d’avoir prospéré sur ce chaos, c’est falsifier l’histoire pour blanchir les véritables responsabilités.
Quant à l’assassinat supposé de Saïf al-Islam Kadhafi, il n’a jamais été confirmé par une source sérieuse, judiciaire ou internationale. Construire une «thèse géopolitique» sur un fait non établi est une faute intellectuelle lourde. Mais là encore, la vérité n’est pas l’objectif. Le récit l’est.
Le procédé est grossier : multiplier les «si», empiler les hypothèses, transformer le conditionnel en certitude. Si Saïf al-Islam revenait. Si Alger y voyait une menace. Si les réseaux en profitaient. Une géopolitique du fantasme, écrite à la hâte avec deux mains gauches, destinée à exciter les ressentiments et à nourrir une haine froide et constante.
Pourquoi cet acharnement ? Parce que l’Algérie fait mal. Elle fait mal par son indépendance stratégique. Elle fait mal par son refus des alignements serviles. Elle fait mal parce qu’elle ne plie pas, ne s’excuse pas et ne s’efface pas. Et cette douleur alimente une guerre médiatique permanente, menée par des sites sans crédibilité et des plumes transformées en relais d’officines.
Les barbouzes du Makhzen ne lâcheront jamais l’Algérie. Non par courage, mais par incapacité à accepter une réalité simple : l’Algérie est un fait géopolitique majeur, pas une variable manipulable. À force de confondre journalisme et règlement de comptes, ces textes ne discréditent pas leur cible. Ils signent la faillite morale, intellectuelle et professionnelle de leurs auteurs.
S. Méhalla
