Le Journal du Dimanche a offert ses colonnes à Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de France en Algérie, pour y publier une tribune raciste sur l’immigration algérienne en France.
Par S. M.
Derrière son ton faussement diplomatique, on retrouve les obsessions de l’extrême-droite française. Driencourt rêve tout haut : voir le Rassemblement national prendre les commandes afin de lui offrir, demain, un portefeuille ministériel taillé sur mesure — celui de l’Algérophobie.
L’accord de 1968, son épouvantail préféré
Dans le JDD, Driencourt dénonce l’accord franco-algérien de 1968 comme la source de tous les maux. Il y voit un «privilège» offert aux Algériens, expliquant la prétendue explosion des sans-papiers.
La vérité est tout autre : ce texte, signé après Évian, était avant tout une manière de préserver les liens humains, familiaux et économiques après 132 ans de colonisation. Il n’a jamais été un «passe-droit», mais une nécessité historique. C’est grâce à cet accord que des générations d’ouvriers algériens ont reconstruit la France, payé leurs impôts, cotisé à la Sécurité sociale. Oublier cela, c’est falsifier l’histoire.
Dans sa tribune du JDD, Driencourt aligne les statistiques comme des projectiles : nombre d’Algériens interpellés, détenus, soumis à une OQTF… Mais il «oublie» de préciser que la majorité des crimes en France sont commis par… des Français.
Un crime commis par un Algérien devient un symbole de menace nationale. Un crime commis par un Français reste un fait divers. Ce deux poids, deux mesures est la mécanique même de la stigmatisation.
L’obsession de l’expulsion impossible
Selon Driencourt, l’Algérie bloquerait systématiquement les expulsions. Mais il tait une réalité gênante : les OQTF sont inappliquées pour toutes les nationalités, à plus de 90%. Et cela, non par la seule faute des pays d’origine, mais à cause des contradictions juridiques et humanitaires de la politique française.
Faire croire que «l’exception algérienne» est responsable de tout relève du bouc-émissariat.
Un diplomate devenu militant
Le JDD présente Driencourt comme un expert. Mais ses tribunes sont des tracts politiques. Un diplomate est censé rapprocher les peuples, Driencourt les oppose. Un ambassadeur représente la France à l’étranger, lui représente aujourd’hui une idéologie d’exclusion en France.
Son ambition n’est plus de servir la République, mais de séduire l’extrême-droite. Ses textes sont le brouillon d’un futur programme sécuritaire et xénophobe.
Nulle part dans son papier du JDD, Driencourt ne rappelle pas que la France a elle-même organisé l’immigration algérienne pour ses mines, ses usines, ses chantiers. Nulle part il ne rappelle que cette présence est le fruit d’une histoire coloniale lourde, qui ne peut être effacée.
En occultant ce contexte, il fabrique un récit falsifié, calibré pour nourrir l’algérophobie.
Le JDD a servi de caisse de résonance à une tribune qui n’a rien d’une analyse : c’est une arme idéologique. Xavier Driencourt, ancien ambassadeur, s’érige en prédicateur d’une France assiégée par «l’ennemi algérien». Mais son projet n’est pas de protéger les Français : il est de se bâtir une carrière politique, adossée à la montée du Rassemblement national.
S.M.
