Face à la prédominance des armateurs étrangers, notamment du français CMA CGM, l’Algérie cherche à renforcer ses capacités nationales de transport maritime, à travers le redéploiement du groupe public CNAN et l’émergence de nouveaux opérateurs locaux, à l’image de Madar Maritime Company (MMC).
Dans ce contexte, l’arrivée du groupe danois A.P. Møller au port de Béjaïa, à la faveur du rachat de Portek International, ouvre une nouvelle séquence dans le paysage portuaire national et pourrait rebattre les cartes de la concurrence.
Le groupe danois a conclu un accord définitif en vue d’acquérir l’intégralité des parts de l’opérateur singapourien, jusque-là détenu par le conglomérat japonais Mitsui & Co. La finalisation de la transaction reste toutefois conditionnée à l’approbation des autorités réglementaires compétentes et à l’obtention des accords requis auprès des partenaires concernés par les concessions portuaires.
Cette opération permettra à A.P. Møller de s’implanter dans les infrastructures portuaires algériennes en s’appuyant sur un opérateur déjà présent sur le terrain. Une fois le rachat finalisé, le groupe entend mettre à profit son expertise technique et managériale pour améliorer la performance des terminaux, renforcer la gouvernance, la sécurité des installations et l’efficacité de la gestion, tout en accordant une attention particulière à la réduction de l’empreinte carbone des activités portuaires.
Portek, un réseau international de terminaux portuaires
À travers cette acquisition, le groupe danois mise sur le potentiel de croissance des infrastructures portuaires et sur la position stratégique de Béjaïa dans les échanges commerciaux en Méditerranée. Portek International exploite des participations dans sept terminaux répartis entre l’Afrique, l’Europe et l’Asie, notamment au Gabon, en Indonésie, en Lettonie, à Malte et au Vietnam. Fort d’environ 1 400 collaborateurs, le groupe traite annuellement près de 700 000 conteneurs, sept millions de tonnes de marchandises en vrac et quelque 90 000 véhicules.
Pour A.P. Møller, l’objectif consiste à consolider les activités existantes et à accompagner leur développement, en s’appuyant sur les équipes opérationnelles déjà en place. L’acquisition s’inscrit ainsi dans une stratégie d’expansion internationale fondée sur des actifs portuaires établis et leur intégration dans un réseau logistique mondial.
Cette nouvelle implantation intervient dans un secteur où CMA CGM occupe une place prépondérante dans le transport maritime de marchandises à destination de l’Algérie. Présent dans le pays depuis plus de 35 ans, le groupe français dispose d’un réseau de filiales et dessert plusieurs ports nationaux. L’arrivée d’un nouvel acteur international à Béjaïa pourrait ainsi intensifier la concurrence dans les activités portuaires et logistiques.
Au-delà de cette opération, l’enjeu pour l’Algérie reste celui du renforcement de ses capacités nationales, de la diversification des opérateurs et d’une meilleure maîtrise de la chaîne logistique maritime. L’arrivée d’A.P. Møller constitue une évolution notable du paysage portuaire, dont les effets dépendront notamment de la concrétisation de la transaction et de la capacité des acteurs nationaux à tirer parti de cette nouvelle dynamique.
H. Adryen
