La reprise des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Mali ouvre une nouvelle séquence dans les rapports entre les deux pays et pourrait donner un nouvel élan à la stratégie africaine d’Alger. Au-delà de sa dimension politique, ce rapprochement est susceptible d’accélérer plusieurs projets économiques structurants visant à renforcer l’intégration de l’Algérie aux marchés de l’Afrique subsaharienne.
Situé au cœur du Sahel, le Mali occupe une position stratégique dans les échanges entre l’Afrique du Nord et l’Afrique de l’Ouest. Son territoire constitue un passage naturel vers les grands marchés régionaux et représente un maillon essentiel des futurs corridors commerciaux reliant la Méditerranée au golfe de Guinée.
Cette évolution intervient alors que l’Algérie poursuit une stratégie de diversification économique visant à réduire sa dépendance aux hydrocarbures. Depuis plusieurs années, les autorités multiplient les initiatives destinées à développer les exportations hors hydrocarbures, à moderniser les infrastructures de transport et à accompagner les entreprises nationales dans leur déploiement sur le continent africain.
Une stratégie basée sur quatre piliers
La stratégie africaine de l’Algérie s’articule autour de quatre piliers. Le premier concerne le développement du commerce extérieur. Les exportations hors hydrocarbures sont passées d’environ 1,2 milliard de dollars avant 2019 à 7,5 milliards en 2023, illustrant une diversification progressive de l’économie, même si la présence commerciale du pays en Afrique de l’Ouest demeure encore à renforcer.
Le deuxième pilier repose sur la Route transsaharienne, un corridor stratégique reliant Alger à Lagos via le Niger. Cette infrastructure devrait faciliter les échanges dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), réduire les coûts de transport et favoriser le développement de plateformes logistiques dans le sud du pays.
Le troisième pilier est le gazoduc transsaharien (TSGP), destiné à acheminer le gaz nigérian vers l’Europe à travers le Niger et l’Algérie. Ce projet pourrait consolider le rôle stratégique de l’Algérie dans le domaine énergétique.
Enfin, l’expansion des banques algériennes en Mauritanie et au Sénégal vise à accompagner les exportateurs, à financer les échanges et à soutenir les investissements, avec une extension envisagée vers d’autres marchés africains.
Dans ce contexte, la normalisation des relations avec Bamako pourrait produire des effets concrets à plusieurs niveaux. À court terme, elle devrait favoriser le rétablissement de la confiance politique et la relance des mécanismes de coopération bilatérale. À moyen terme, elle pourrait contribuer à une meilleure sécurisation des corridors commerciaux, condition essentielle à l’accélération des investissements et des échanges régionaux.
À plus long terme, ce rapprochement renforcerait l’intégration économique du Sahel tout en consolidant la présence économique de l’Algérie en Afrique de l’Ouest.
Des défis à relever
Les défis restent, toutefois, importants. L’instabilité sécuritaire persistante dans certaines régions sahéliennes, les retards susceptibles d’affecter les grands projets d’infrastructures, ainsi que la concurrence croissante d’autres puissances économiques sur le continent constituent autant de facteurs susceptibles de ralentir cette dynamique.
Pour transformer cette opportunité diplomatique en succès économique durable, plusieurs priorités se dégagent. Les spécialistes soulignent notamment la nécessité d’accélérer l’achèvement des infrastructures reliant le nord et le sud du pays, de développer des plateformes logistiques dans les wilayas sahariennes, de renforcer la présence bancaire et assurantielle en Afrique, d’accompagner davantage l’internationalisation des PME algériennes et d’approfondir la coopération sécuritaire avec les pays du Sahel.
Un levier pour la diversification économique
La reprise des relations entre l’Algérie et le Mali dépasse ainsi le seul cadre diplomatique. Si elle s’inscrit dans la durée, elle pourrait constituer un levier supplémentaire pour renforcer la stratégie africaine d’Alger, consolider sa position de carrefour entre l’Europe et l’Afrique et soutenir la diversification de son économie dans un contexte marqué par la montée en puissance des échanges intra-africains.
S.R.
