Au lendemain de la condamnation en appel du journaliste sportif à sept ans de prison ferme par le tribunal de Tizi-Ouzou, le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nunez maintient sa visite prochaine en Algérie. Le responsable français a déclaré jeudi sur France 2 que sa visite aurait lieu «un peu plus tard que prévu» sans préciser de date.
Nuñez a affirmé que la libération du journaliste sportif était «un élément majeur» des discussions en cours entre Paris et Alger, relancées depuis la grâce présidentielle octroyée mi-novembre à l’écrivain Boualem Sansal. Nunez promeut le dialogue et la coopération avec Alger, dans le contexte de crise diplomatique persistante. «J’ai répondu à mon homologue que je viendrai», a confirmé l’ancien préfet de police de Paris, rappelant que son projet de visite s’inscrivait dans les nécessaires «discussions techniques […] sur la partie sécuritaire et migratoire» de la coopération franco-algérienne, ajoutant que «des discussions sont en cours».
L’optisme français
Partisan du dialogue, et attaché à la coopération sécuritaire qu’il juge «indispensable» entre Paris et Alger, ce haut fonctionnaire, spécialiste du renseignement désormais converti à la politique, a été convié par son homologue algérien pour une visite officielle dans le pays. Une invitation qu’il compte toujours honorer. «Ce qui va être déterminant, ce sont les discussions techniques qui préparent mon éventuelle visite. J’ai été invité, j’ai répondu à mon homologue que je m’y rendrai», a confirmé Laurent Nuñez, sans se montrer plus précis sur la date. Reste que la «libération» du journaliste sportif sera «un élément majeur des discussions avec l’Algérie», a-t-il expliqué. «Nous continuerons d’agir auprès des autorités algériennes pour obtenir sa libération et son retour en France dans les plus brefs délais», a quant à lui fait savoir Emmanuel Macron, par la voix de l’Élysée. Macron s’était ensuite dit «disponible» pour échanger avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune si cela permet d’ «obtenir des résultats» et d’«avancer» dans les relations tendues entre les deux pays, mais cet échange n’a pas encore eu lieu. Les proches de Christophe Gleizes appellent notamment à une «grâce présidentielle», après celle, il y a quelques semaines, de l’écrivain Boualem Sansal, finalement relâché.
Macron disponible au dialogue
Pour rappel, le président français, Emmanuel Macron, a affirmé, le 18 novembre dernier, être «disposé à des discussions de haut niveau» avec son homologue, Abdelmadjid Tebboune. Cette déclaration intervient alors que les relations entre Paris et Alger sont en voie d’apaisement. L’octroi de la grâce présidentielle par l’Algérie à l’écrivain Boualem Sansal la semaine dernière marque un début d’apaisement entre Paris et Alger. Par ailleurs, Macron a confirmé que ses équipes diplomatiques travaillent actuellement à l’organisation de cette rencontre. «Je tiens à ce que la France soit respectée et à ce qu’elle mène un dialogue sérieux, calme et exigeant et donc, si ces conditions sont remplies et qu’on peut obtenir des résultats, je suis évidemment disponible à tout échange à mon niveau» a-t-il dit. Il a par ailleurs souligné son désir de progresser en vue d’une efficacité accrue sur des questions clés comme l’économie, la sécurité et les migrations.
En effet, cette progression vise à permettre aux parties de jouer leurs rôles respectifs. «Mon souhait, c’est que nous puissions avancer pour à la fois être plus efficaces sur les grandes questions économiques, sécuritaires, migratoires, afin d’œuvrer ensemble et de défendre chacun dans notre rôle», a-t-il ajouté. Stéphane Romatet, l’ambassadeur de France à Alger, a quant à lui estimé sur BFMTV qu’il y a un «climat nouveau» entre les deux pays. Le diplomate salue les «signaux» envoyés et captés de part et d’autre de la Méditerranée entre Paris et Alger pour tenter d’apaiser les relations et sortir de la crise. Sur le futur des relations franco-algériennes, Stéphane Romatet appelle à être «exigeant et dans la franchise» avec Alger, mais aussi à engager au plus vite la «coopération sécuritaire et migratoire».
Quant à l’historien français, Benjamin Stora, celui-ci a souligné que Paris et Alger «sont condamnés à s’entendre» de par leur histoire et leur géographie, et que la France devrait accepter ce qu’est l’Algérie, insistant sur la nécessité d’admettre la «souveraineté algérienne» et son «nationalisme». Donc, a-t-il poursuivi, «naturellement, les relations entre les deux pays seront reprises. Chaque crise est une opportunité de tirer des leçons et de repartir sur d’autres bases», a-t-il soutenu.
Mahmoud Tadjer
