Le ministre de l’Intérieur français a précisé que son département a repris les audiences avec les autorités consulaires algériennes.
Après plusieurs mois de rupture quasi totale des relations diplomatiques, Alger et Paris ont entamé un processus de réconciliation ces dernières semaines, avec un focus particulier sur les questions migratoires et sécuritaires. Selon des extraits publiés le 20 avril par le média français «L’Opinion», le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a indiqué que le nombre de laissez-passer accordés par les consulats algériens en France pour permettre l’expulsion des sans-papiers ciblés par des Obligations de quitter le territoire français (OQTF) «est en train de repartir à la hausse».
Laurent Nuñez a précisé que son département a repris les audiences avec les autorités consulaires algériennes, en soulignant que la politique des consulats algériens en France variait selon les régions. Il a également ajouté que les deux pays ont décidé de ne pas communiquer publiquement sur ces échanges afin de ne pas entraver leur coopération.
En mars dernier, la Cimade a confirmé la reprise des renvois, y compris pour des profils plus anciens. Les ressortissants algériens en attente d’expulsion représentent une part importante des places en Centres de rétention administrative (CRA). Les OQTF peuvent être accompagnées d’une interdiction de retour sur le territoire français (IRTF) de 5 à 10 ans.
Il est important de rappeler qu’un étranger ne peut être reconduit dans son pays d’origine sans document d’identité prouvant sa nationalité, faute de quoi il risque le refoulement à son arrivée. Ces procédures sont régies par les accords bilatéraux de réadmission de 1993, qui stipulent que le pays d’origine doit reprendre ses ressortissants uniquement s’ils sont munis de pièces d’identité valides.
Retour à la coopération économique
Outre la coopération migratoire et sécuritaire, les deux pays s’apprêtent à relancer le partenariat économique, avec la venue à Alger, aujourd’hui, d’une délégation du Medef (Mouvement des entreprises de France). Patrick Martin, président de l’organisation patronale, sera à Alger à l’invitation du Conseil de renouveau économique algérien, mais ne sera pas accompagné d’une délégation de chefs d’entreprise. Il viendra plutôt en petit comité, avec Yannick Morillon, co-président du Conseil d’affaires algéro-français.
«Il s’agit d’établir un dialogue direct avec les entreprises algériennes et de redémarrer une coopération bénéfique pour les deux pays», a précisé le Medef.
Michel Bisac, président de la Chambre de commerce algéro-française, a salué cette visite, qu’il a qualifiée de «très bonne chose», espérant une «reprise normale de la relation économique» entre les deux pays. Il a rappelé que l’année dernière, le CREA avait annulé une visite au Medef, en raison de tensions, notamment après l’annulation d’une rencontre entre Rodolphe Saadé, patron de CMA CGM, avec le président Tebboune.
«J’aimerais que la France reprenne sa place dans sa relation avec ce voisin très important», a déclaré Bisac.
Le marché algérien, une priorité pour la France
Le patronat français, via le Medef, cherche à relancer les relations économiques avec l’Algérie, malgré les récentes tensions diplomatiques. Environ 6 000 entreprises françaises sont présentes en Algérie, mais les échanges ont chuté de 21 % en 2025, touchant plusieurs secteurs clés.
Certaines entreprises continuent, toutefois, d’investir, notamment dans les mines et l’énergie, tandis que d’autres, comme CMA CGM, ont reporté leurs projets. Le Medef rappelle que l’Algérie reste un partenaire stratégique en Afrique du Nord, avec des opportunités importantes dans l’énergie, les infrastructures et le numérique.
H. Adryen
