Par Samir MÉHALLA
Sous couvert de compassion, le Jérusalem Post livre un récit calibré pour nourrir une émotion sélective.
En prétendant qu’un otage sioniste aurait été forcé de «se convertir à l’islam», le quotidien ne relate pas un fait vérifié : il participe à une campagne d’influence soigneusement orchestrée, où le vocabulaire religieux devient une arme psychologique.
La guerre n’est pas seulement faite de bombes, mais de mots. Accuser les Palestiniens d’imposer une foi, c’est chercher à diaboliser l’adversaire tout en justifiant la violence de la riposte militaire. Or, nul ne peut être «converti» par contrainte : ni la loi islamique, ni la simple expérience humaine ne valident une telle fiction. Ce type de récit vise moins à informer qu’à imprimer une image primitive — celle d’un islam oppresseur, d’un ennemi déshumanisé, donc légitime à être détruit.
Ces «témoignages» publiés sans preuve ni enquête indépendante s’inscrivent dans une stratégie de guerre cognitive. Les mots «Coran», «Ramadan», «conversion» ne sont pas anodins : ils activent l’imaginaire occidental de la peur religieuse, celui d’un affrontement de civilisations. Pendant ce temps, les vrais drames — les bombardements de civils, la famine, l’enfermement de Ghaza — disparaissent derrière un rideau d’émotion instrumentalisée.
Cette mécanique médiatique transforme la victime en drapeau et la douleur en slogan. L’otage devient une pièce d’un dispositif de communication destiné à rassurer l’opinion sioniste et à neutraliser toute empathie pour les Ghazaouis.
La vérité, elle, reste ailleurs : dans les rapports de l’ONU, de Médecins sans Frontières, des ONG indépendantes, qui décrivent un territoire asphyxié, une population piégée et un récit confisqué.
Le devoir du journalisme n’est pas d’amplifier les peurs, mais de les déconstruire.
Aujourd’hui, la désinformation tue autant que les bombes.
S.M.
